Une nouvelle façon de faire de la politique semble émerger. Après les politiques de gauche, les politiques de droits, voici venir la politique la peur, qui s'appuie sur la déformation dramatique des faits. Il n’y a guère plus que le bon sens des citoyens pour faire la différence, mais chacun sait que le bon sens est la chose la moins bien partagée.
Rappelez-vous le fameux référendum de la constitution Européenne (voir mon blog : Voter intelligent). Les partisans du NON avaient avancé des arguments terrifiants pour convaincre les français de se rallier à eux. Les partisans du OUI avaient fait de même, mais non sans raison. Les arguments des partisans du NON allaient à l'encontre de la logique… Et pourtant, le NON l’a emporté. Aujourd’hui, les partisans du NON sont bien silencieux, car tous leurs arguments ne tiennent plus la route face à la réalité. Toutes les catastrophes annoncées par les partisans du NON si le OUI l’emportait… se produisent justement parce que le NON l’a emporté (lire mon blog : le fameux plan B). Diable ! Auraient-ils menti sciemment contre les intérêts de la France ? Y aurait-il eu trahison contre les Français ?
Rappelez-vous cette histoire navrante des Polonais qui, il y a encore quelques semaines, pouvaient décider à eux seuls si la TVA à 5,5% pouvait être reconduite pour les travaux dans toute l'union européenne. Avec la constitution, les polonais n’auraient jamais pu bloquer la décision à eux seuls, car cette constitution ne réclame pas la majorité absolue pour qu’une décision soit votée. Et bien, vous ne le croirez certainement pas, mais j’ai encore entendu des partisans du NON décidemment culottés qui pestaient contre l’Europe qu’ils ont contribué à verrouiller… Désinformation et mauvaise foi jusqu’à l’absurde !
Aujourd’hui, c’est au tour du contrat première embauche, le fameux CPE de faire les frais d’une vraie cabale complètement dénaturée. En première ligne, la gauche qui crie à l’infamie ! Horreur et damnation, pauvres français, la droite est devenue folle et veut que vous soyez tous virés du jour au lendemain.
Pour ou contre, c’est à chacun d’avoir son avis. Ce qui est plus gênant, ce sont les arguments que l’on entend ici et là par des partis politiques qui partent en bataille la fleur au fusil.
J’ai tout entendu sur le sujet à la télé. Comme pour la constitution Européenne, les politiques opposés à ce contrat font des raccourcis prodigieux. Ils crient, et surtout essaient de faire peur. On ne parle plus du contrat Première ébauche (pour les moins de 26 ans – car c’est bien le sujet) , mais du CDI en général. On ne critique pas le contrat en lui-même, mais on affole la population en affirmant que si le CPE passe, c’est le CDI qui n’existera plus. Prodigieux raccourci. En touchant la corde de l’émotion, de nombreux citoyens remisent leur cervelle au grenier et sortent les pics et les couteaux pour tailler un costard à l’infâme qui ose ainsi l'impensable. Politique et manipulation, quelle différence désormais ?
Je décerne la palme du faux-cul à mon grand ami Laurent Fabius (encore lui décidemment, je l’a-do-re) qui déclare sévèrement « Beaucoup de jeunes sont en désarroi total et on utilise cette détresse pour démolir leur droits. Ce n'est vraiment pas correct. ». Il est culotté celui là, lui qui a instauré en 1984 les fameux « TUC » (Travaux d’ Utilité Collective), ce contrat pitoyable destiné à ceux qui ne parvenait pas à trouver un travail. Payés des misères, des régiments complets de « jeunes TUCs » ont balayé vos trottoirs pour des clopinettes (immortalité par Danny Boon dans un de ses sketchs – il était TUC à Auchan Flers, dans l’Nord !). Bravo Laurent !
Pourtant, il faut bien faire quelque chose. Des jeunes qui ne trouvent pas de boulot, ils sont légions. Beaucoup sont ravis de ce contrat qui leur mettra le pied à l’étrier.
Parmi eux, il y a des jeunes sans diplômes qui débarquent dans la vie professionnelle à 18 ans. Contrat ou pas contrat, ils auront de toutes façons peu d’espoir. C'est de ça que tout le monde devrait parler. Pour les autres, les diplômés ont eux aussi des soucis. Je me souviens que, lorsque j’ai commencé à chercher du boulot en 1996, toutes les offres réclamaient « 3 ou 4 ans d’expérience ». Incompatible avec un étudiant sortant d’école. Mais s’ils sortent à 24 ans, ils auront seulement 2 ans à supporter avant de sortir du cadre de cette loi. Deux ans ? Tiens, mais c’est la durée du contrat !
Car faut-il rappeler les termes de ce contrat à ceux qui l’auraient oublié :
Destiné aux jeunes travaillant dans les entreprises de plus de 20 salariés, il s'agit d'un contrat à durée indéterminée (CDI). Il prévoit une «période de consolidation de l'emploi» de deux ans maximum, comme la période d'essai du CNE (contrat nouvelles embauches), avec un parcours professionnel «sécurisé». Les stages ou contrats à durée déterminée (CDD) effectués dans l'entreprise seront inclus dans la période d'essai. Un jeune licencié après quatre mois dans l'entreprise aura droit, en plus de l'indemnité de rupture, à une allocation forfaitaire de 460 euros par mois pendant deux mois. Le CPE ouvrira également droit à une formation dès le deuxième mois passé dans l'entreprise. Les 18-25 ans en CPE seront éligibles au «Locapass», formule d'aide de l'Etat à la location pour les jeunes salariés.
Tout ça c’est bien beau, mais il faut bien comprendre une chose. Nous sommes entrés dans l’ère du sensationnel, dans l’ère du tonitruant. Il faut que ça bouge, il faut que ça pète, il faut que ça explose.
Les français sont blasés. Ils ne s’intéressent pas à quelque chose de placide. Ils ne s’intéressent aux infos que s’il y a des images fortes, des bombes, du sang. Ils ne vont plus se bouger pour des « petits lotos » à 4 millions d’euros, alors que la dernière cagnotte affichait plus de 100 millions d’euros. Les français du 21 ieme siècle ont besoin de sensationnel : ils achètent les journaux à sensation, ils regardent des films dont aucune séquence ne dépasse 1 à 2 secondes. Il faut que ça pulse.
Dans cette nouvelle ère, la politique de grand papa, ça ne passe plus. Il ne suffit plus de donner des arguments justes et justifiés contre une décision prise par le parti opposé. Il faut au contraire faire du sensationnel, du dramatique pour captiver l'attention du bon peuple. Il faut toucher les tripes des gens, leur faire peur, les faire paniquer. Il faut crier, hurler, appeler à l’émeute, il faut dramatiser les faits, il faut faire des raccourcis vers des sujets qui touchent, même s'il déformer la réalité, et même si la déformation est énorme. Hitler disait : "plus le mensonge est gros, mieux il passe". Un expert en la matière.
Pour la constitution, les partisans du NON ont menacé : si vous votez OUI, les Polonais vont vous prendre votre boulot. Contre le CNE, la gauche menace : si vous vous laissez faire, demain, votre CDI n’existera plus.
Et ça marche… Parce que lorsque vous avez peur, vous ne réfléchissez plus. L’émotion domine la réflexion, toujours…
Pour finir (car il faut bien finir, même si ça m’amuse de vous écrire tout ça), je ne résiste pas à vous donner ce petit texte ci-dessous, extrait d’un article trouvé sur le net. Il résume tout à fait la situation à propos de la position de la gauche. Lisez le attentivement, puis jetez un œil à la source de ce texte. Amusant non ?
La lutte contre la précarité, nouveau cheval de bataille de la gauche ? Voilà qui constituerait un véritable reniement de toute les mesures qu’elle a mises en place quand elle était au pouvoir ! Car si dans les " 110 propositions " du candidat Mitterrand de 1980 figurait la promesse que " le contrat de travail à durée indéterminée redeviendra la base des relations de travail ", la gauche, une fois au gouvernement, a œuvré dans le même sens que la droite en matière de remise en cause du CDI, servant les mêmes buts pro-patronaux. Après l’ordonnance de janvier 1982 développant la flexibilité du travail, le développement des " contrats aidés " allait encore le confirmer.
Sous Mitterrand, on a vu apparaître en 1982 les stages de préparation à la vie professionnelle, en 1983 les Contrats emploi formation, en 1984 les contrats de qualification et d’adaptation et les TUC (Travaux d’Utilité Collective), en 1985 les SIVP (stages d’insertion à la vie professionnelle). En 1985, 390.000 jeunes se retrouvaient ainsi dans ces contrats bidon et sans avenir. La loi du 25 juillet 1985 élargissait les cas de recours, au contrat à durée déterminée et à l’intérim. Le code du travail a été réduit en peau de chagrin par les lois Auroux (1982), Delebarre (1985) enfin les lois de 1989 et 1990.
Texte trouvé sur le site… « cahier communiste révolutionnaire » ! Ca ne s’invente pas !
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