A tout âge de l'humanité, les hommes ont toujours fait preuve d'une insatiable curiosité envers tout ce qui les entoure.
Il y a cette curiosité intellectuelle qui permet de faire de fabuleuses découvertes scientifiques, et il y a aussi cette curiosité maladive et bien souvent déplacée qui pousse les hommes à s'intéresser un trop près à des choses qui ne les concernent pas.
Tout le monde a vécu un jour ou l'autre l'expérience d'un bouchon sur autoroute qui s'avère être en fait un monstrueux ralentissement causé par un accident sur l'autre voie. Soucieux de ne pas perdre une miette du spectacle, tous les conducteurs ralentissent, juste pour voir les dégâts, et plus peut-être s'ils ont de la chance : du sang et des blessés.
J'ai assisté un jour à un spectacle affligeant dans la rue où habitent mes parents. Le feu s'était déclaré dans le grenier de la maison d'en face. Impuissante face au drame qui la frappait, la propriétaire était sur le trottoir, hystérique devant sa maison en flamme. Toutes les voitures qui passaient dans la rue à ce moment là ont ralenti pour mieux voir, sans penser une seule seconde qu'ils pouvaient bloquer l'arrivée des pompiers. Le pompon revient à ce chauffeur de bus qui a carrément stoppé son véhicule en face de la maison : tout le bus penchait dangereusement sur le côté droit ; tous les passagers s'étaient agglutinés côté feu, pour ne pas perdre une miette du spectacle !
Un autre jour, alors que je me rendais à Laon, chez mes beaux parents, je fus bloqué à l'entrée de la ville. Deux voitures étaient accidentées. C'était grave : choc frontal sur une route à 90 km/h. Toutes les voitures qui passaient (une vingtaine) s'étaient arrêtées sur la route et bloquaient la circulation. Non pas que les voitures accidentées bloquaient le passage (elles étaient sur le bas côté), mais parce que les conducteurs étaient tous descendus voir les couples qui gisaient inanimés dans les habitacles. Je me suis renseigné : les secours étaient avertis et étaient en route. J'ai donc demandé aux curieux qui bloquaient la route de bouger leurs voitures. Je n'avais aucune envie, contrairement à eux, d'assister à la désincarcération des corps. Et bien certains l'ont très mal pris et ont obtempéré en râlant.
Vous vous demandez certainement pourquoi je vous parle de tout ça !
Et bien figurez-vous que je viens de lire un article très intéressant concernant la propagation de la grippe aviaire. Les autorités s'arrachent les cheveux pour faire respecter des cordons sanitaires autour des principaux foyers infectieux identifiés à ce jour.
A l'origine de leurs problèmes, cette sale curiosité qui pousse des individus à inventer une nouvelle forme de tourisme : le tourisme viral !
Extrait d’un article AFP : Les mesures d'urgence (zones de protection de 3 km et zones de surveillance de 10 km) avaient été prises dès la suspicion pour être ensuite renforcées, avec notamment l'élargissement des zones de protection à 160 communes. Pour le ministère, il n'est donc pas "nécessaire" de "renforcer encore" ces mesures. Il a cependant lancé une mise en garde, estimant que la curiosité amène depuis quinze jours dans la zone de l'Ain des personnes qui se déplacent sans précaution, avec le risque de dissémination du virus.
Il existe donc en France des individus assez bêtes pour aller se promener intentionnellement dans les zones que l’on sait infectées, au risque de ramener le virus à la maison. Qu'est ce qui peut les motiver ? Certainement l’espoir de toucher du doigt l’actualité, de voir quelques bêtes mourantes, ou d’avoir la joie et le privilège d’appeler les pompiers si d’aventure leurs bottes croisaient le chemin d’un cadavre à plumes. Ces gens là sont certainement des fumeurs.
Je finirai par cette citation de mon collègue à qui je faisais part de mon étonnement, et qui m’a répondu : « Tu, sais, si la pandémie se déclenchait, je crois que la connerie ferait encore plus de mort que le virus ». J'ai peur qu'il ait raison.