vendredi, août 26, 2005

L'effet mouton en avion

Avez-vous remarqué ? Avez-vous remarqué ce qui se passe dans les trains où les avions quand ils arrivent à destination? Que se passe-t-il dès que l'avion serre ses freins (voir même souvent avant) ? Que se passe-t-il lorsque le train approche de sa destination ?

Généralement rien, jusqu'à l'instant ultime où UN passager se lève. Et alors là, c'est la panique. Affolé, le troupeau lui emboîte le pas, et tout le monde est debout à attendre pendant une éternité de pouvoir sortir.

C'est encore plus rigolo dans les avions. A peine atterri, même si l'avion roule encore, on entend déjà les "clics" de la ceinture qu'on détache. Les champions se mettent déjà sur la ligne de départ. Un jour, lors d’un de mes voyages, l'hôtesse a même du faire une annonce pour demander de rester assis tant que l'avion roule encore parce qu’un papy s'était déjà levé pour mettre son manteau.

Moi, j'observe et je ris. Je ris de tous les voir se lever dans un bel élan, dès que l'avion s'immobilise. Je ris de les voir mettre péniblement leur manteau et reprendre leurs bagages, tous serrés les uns contre les autres. Je ris de les voir se bousculer dans le petit couloir de l'avion, juste pour attendre de pouvoir sortir, tandis que je suis encore confortablement assis. Je ris ensuite beaucoup en les voyant attendre ainsi, chaudement vêtus, chargés des bagages, debout, pendant 10 à 20 minutes, le temps que la passerelle soit en place, le temps que les premières classes descendent, le temps que la première partie de l'avion se soit vidée. Un rien m'amuse.

Une fois, j'étais assis à côté d'un homme qui, visiblement, faisait partie du troupeau. Il était côté hublot, et moi côté couloir. Autrement dit, je lui barrai le passage. Alors j’ai pris les devants, juste avant l’atterrissage :
- vous allez voir, après l’atterrissage, c’est le meilleur moment !
- pardon ?
- oui, après l’atterrissage, c’est l’effet mouton : tout le monde se lève comme un seul homme, et ensuite, tout le monde attend une éternité, debout pour pouvoir sortir. Vous allez voir, ça me fait beaucoup rire.


Je riais, mais lui pas vraiment. Juste après que l’avion se soit immobilisé, tous les passagers se levèrent d’un seul homme pour ensuite poireauter, comme prévu. Mon voisin piaffait visiblement d’impatience, craignant peut-être que l’avion reparte avec lui. Mais je n’ai pas bougé. Je ne me suis juste contenté de me pencher vers lui, en disant : « Là, vous voyez ! ».

Démonstration d'intelligence

J’adore les défis du bon sens face à l’entêtement des fanatiques.

Il y a presque vingt ans maintenant, j’ai vu à la télévision une démonstration magistrale. L’émission en question était un simulacre de jugement. L’animateur jouait le rôle du juge. Le plateau ressemblait à une salle de tribunal. Il y avait deux parties radicalement opposées: ceux qui était « pour » et ceux qui étaient « contre ». Chaque semaine, un thème différent était abordé, et les deux équipes adversaires tentaient d’apporter le plus de preuve et d’argument possible pour convaincre le jury.

Ce soir là, le sujet était le « paranormal » : spiritisme, voyance, télékinésie, … Dans le camp du « pour », on retrouvait des professionnels de la voyance, des « magiciens » authentiques, des personnes qui se disaient dotées d’un don surnaturel particulier. Dans le cas du « contre », il y avait Majax.

Majax est un personnage qui a eu son heure de gloire dans les années 80. On le voyait dans de nombreuses émissions. C’est un prestidigitateur de talent. Un maître dans son art, qui a été et qui est certainement toujours consulté pour démasquer les tricheries diverses et variées.

Tout au long de l’émission, la position de Majax tranchait avec celle de ses opposants. Alors que les arguments de ses adversaires tenaient plus de la croyance, ceux de Majax tenaient du bon sens. Selon lui, tout est explicable, et tout peut être truqué. Aucun phénomène ne peut être qualifié de « sur naturel » si il n’a pas fait l’objet d’une étude en laboratoire, dans des conditions qui empêchent les « trucs » qu’il ne connaît que trop bien. Cette position avait le don d’agacer les partisans du paranormal qui l’accusaient d’obstruction, d’entêtement.

Soudain, coup de théâtre. L’animateur annonce qu’il a été contacté par un jeune homme qui dit avoir un don particulier : celui de pouvoir enflammer un bout de papier simplement en le fixant des yeux. Il demande à chaque partie adverse s’ils acceptent la démonstration.

Les partisans du « pour » étaient enthousiastes, mais Majax était réservé. Il acceptait quand même, mais en expliquant que, quoi qui allait se passer, il ne pourrait y croire qu’en refaisant l’expérience dans son laboratoire selon son propre mode opératoire. Encore une fois, expliquait-il, tout peut être truqué, même devant une caméra.

Le jeune homme entra sur le plateau. Il était tout timide, et visiblement très stressé. On posa un verre à pied retourné sur une petite table, et dessus, un petit bout de papier. Le jeune homme se concentra très fort pendant quelques dizaines interminables secondes. La caméra montrait alternativement le visage du jeune homme, et le fameux bout de papier. Soudain, incroyable, le verre éclata en mille morceaux. Stupeur dans la salle. Le jeune homme, en sueur, expliqua que ça pouvait arriver s’il était très stressé.

Les partisans du paranormal jubilaient. Devant des millions de spectateur, preuve était enfin faite de la réalité du surnaturel. L’animateur demanda à Majax de s’exprimer. Ce dernier, toujours aussi froid, répéta simplement ce qu’il avait dit : seule l’expérience en laboratoire peut prouver qu’il s’agit bien d’un phénomène inexpliqué. Ses adversaires se mirent alors dans une terrible colère et accusèrent Majax de nier l’évidence. L’animateur eut beaucoup de mal à rétablir le calme.

A ce moment, Majax se leva. Il se dirigea vers le jeune homme qui avait fait exploser le verre. Il le prit par les épaules, et dit : « je vous présente Untel, c’est un jeune comédien que j’ai embauché. Le verre qui explose, c’est un de mes trucs que je ne dévoilerai pas ici, pour ne pas qu’il soit exploité par des charlatans. ». Et il retourna s’asseoir, digne.

C’était magistral, formidable, royal. Depuis, je cherche le moyen de revoir cette fameuse émission. J’ai même contacté Majax, sur son site Internet. Mais lui même ne s’en souvenait plus. Alors, si vous avez le moyen de mettre la main dessus, pensez à moi !

jeudi, août 25, 2005

Voter intelligent

Vous souvenez vous du 29 mai dernier ? On n’en parle déjà plus… C’était la date du référendum pour la constitution Européenne.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne m’étais pas senti bien ce jour là.

Pour le oui, ou pour le non, à la rigueur, tel n’est pas le problème. Mais c’est plutôt le déroulement de la campagne et du vote qui m’a perturbé. Au soir du 29, j’avais l’affreuse impression qu’une grande décision venait d’être prise sans que ceux qui l’avaient voté l’aient fait en toute connaissance de cause.

Pendant les débats, je n’ai pas entendu beaucoup d’arguments valables du côté du non. La Turquie : le non n’empêche rien, au contraire, ça simplifie leur entrée en Europe. Trop libérale ? Les anglais la juge trop sociale ! J’en passe, et des meilleures.

Dans la catégorie du vote intelligent, je donne le grand prix à ces deux jeunes inconnus qui ont été interrogés à la sortie de l'isoloir. Le premier, un homme, indiquait en riant avoir voté "non" pour faire chier Chirac. L'autre, une jeune femme, expliquait avoir voté "non" pour (je cite) venger sa mère qui ne sait pas lire, et qui avait été humiliée de recevoir dans sa boîte aux lettres un si gros texte auquel elle ne pouvait rien comprendre (…).

Je retiens aussi d'un certain Laurent Fabius cette tirade mémorable qu'il a lancée à la télé environ deux mois avant le référendum et qui montre bien à quel point il se souciait de l'Europe :

- voter oui, c'est faire le jeu du gouvernement. Il vaut que le PS appelle à voter non, sinon nos militants ne comprendraient pas qu'on appelle à voter comme la droite".

A un collègue d'origine britannique qui, absolument médusé, me demandait de lui expliquer pourquoi les français s'étaient tirés eux-mêmes une balle dans le pied, je lui expliquais que beaucoup ne comprennent pas les questions qu'on leur pose.

Pour illustrer mon propos, je lui ai raconté ce qui s'est passé lors de notre dernière réunion de copropriété. Ce jour là, nous devions voter une motion autorisant les co-propriétaires ayant de gros problèmes financiers et ne pouvant payer les charges courantes, à pouvoir faire une demande de prêt à un organisme spécialisé. L'objectif était de leur éviter de devoir vendre leur appartement comme ça s'était déjà produit. Cela n'a aucun impact sur la copropriété, ni financier, ni juridique ; le vote n'est qu'une simple formalité, d'ordinaire acquis d'avance. On se demandait même l'intérêt de mettre au vote une décision si pleine de bons sens.

Pourtant, à la surprise de tous, plusieurs personnes ont voté "non". Surpris, le président leur a demandé pourquoi ils refusaient.

  • Certains votaient "non", parce qu'ils sont par définition opposés à tout ce que propose le président de la copropriété, avec lequel ils ont des différents personnels.
  • Certains votaient "non" parce qu'ils ne comprenaient pas vraiment le sujet... Alors, dans le doute, mieux valait ne rien bouger.
  • D'autres votaient "non" parce qu'ils comptaient payer leurs charges sans avoir recours à un prêt. Le président recadra donc le débat en précisant que la question n'était pas de savoir comment ils comptaient payer leurs charges, mais si nous autorisions ceux qui ne le pouvaient pas à profiter de ce prêt exceptionnel. Leur vote restait toujours "non", en précisant "non, je ne veux pas faire de prêts pour payer mes charges". Il aura fallu expliquer CINQ fois, en reformulant à chaque fois, pour qu'ils répondent enfin à la vraie question !

Et c'est triste à dire, mais le 29 mai dernier, une partie des français a voté comme à une banale réunion de copropriété.

Mais je suis rassuré. La terre continue de tourner, et l'Europe continue de fonctionner sur la base d'un traité de Nice que les partisans du non jugeaient calamiteux. On en parle déjà plus. Ca ne devait donc pas être si grave que ça…

Pantalon taille super basse

J'ai toujours eu beaucoup de problèmes avec « la mode » en général, et avec les modes vestimentaires en particulier. La "mode" est mon sens une perte sèche de liberté. Au travers de la "mode", les masses (ou plutôt le commerce), imposent à toutes et à tous une manière de vivre, de consommer, de s'habiller. Voir de penser.

Celui qui s'écarte de la mode doit s'attendre à quelques complications. Les industriels l'ont bien compris et ont tout intérêt à imposer aux plus jeunes, les plus vulnérables – les plus vaches aussi sur ce plan là, les modes qui leur profitent le mieux. Quel gosse n'a pas ses nikes ?

Moi, quand j’étais ado, je fuyais la mode comme la peste. C'était ma manière à moi d'être un "rebelle" tandis que les autres s'habillaient "à la mode". Et plus ils étaient "à la mode", plus ils se sentaient différents. Allez comprendre.

Certaines modes sont difficilement explicables : celles qui nuisent à l'intégrité physique (le tabac ; nous y reviendront), celles qui nuisent à la liberté (liberté de mouvement en particulier, on va le voir !), celles qui nuisent simplement à votre image (quand on a l'air complètement con).

A propos de ces deux dernières catégories, je suis tombé récemment sur un spécimen fort intéressant. Je descendais de mon train, ou du moins, j’essayais d’en descendre car j'en étais empêché par un jeune homme qui éprouvait quelques difficultés. J'ai tout d’abord cru qu’il était atteint d'un handicap moteur tant il semblait avoir des problèmes à sortir de la rame.

Ce n'est qu'une fois sur le quai que je compris qu'il était en fait en parfaite santé. S’il avait autant de problèmes à se mouvoir, c’est tout simplement parce que… ses jambes étaient totalement entravées par son pantalon. Le jeune homme était une malheureuse victime de la mode.

J’étais fasciné, je dois l’avouer. Je n’avais jamais encore vu ça, en tout cas à un tel degré. Le pantalon était descendu très bas, au niveau des genoux. Sa ceinture était très serrée à mi chemin entre ses hanches et ses genoux. Bien en dessous des fesses donc. Cette ceinture devait être la seule chose qui empêchait le pantalon de lui tomber sur les mollets. Pour lui cacher les fesses, il portait un immense pull en laine, certainement tricoté main pour l’occasion. Autant dire qu’il portait son pull comme une jupe.

C’était réellement impressionnant. Il marchait à la manière des pingouins. C’était divin. Une jeune fille très séduisante l’accompagnait, ce qui prouve bien que cette mode est porteuse.

Je les ai suivis pendant quelques minutes, en ralentissant ma marche pour ne pas les dépasser. Je ne voulais absolument pas manquer la descente dans le tunnel, pour sortir de la gare. Et je n’ai pas été déçu. Le pauvre gars avait les pires difficultés, et c’est marche après marche qu’il descendit l’escalier. Sa jeune admiratrice l’accompagnait, en descendant l’escalier au même rythme : on aurait dit qu’il accompagnait un ami blessé.

Je n’ai pas pu les suivre jusqu’à l’autre escalier, qu’il fallait remonter cette fois-ci. La démarche de l’individu était tellement lente, que je me serais fait repéré. J’ai donc enclenché la seconde et les ai doublé avec regret.

N’empêche, bravo à ceux qui, comme ce jeune homme, sont prêts à se sacrifier pour la mode. Ce ne sont plus des fashion victims mais bien des martyres. Chapeau bas.

mardi, août 23, 2005

Musique, douce musique

Avez-vous remarqué le nombre de personnes équipées de lecteurs MP3 ? C'est dingue le succès de ces appareils. Il faut avouer que l'appareil est séduisant ! Minuscule, performant, de plus en plus meilleur marché. Tout pour plaire au grand public.

J'en ai offert un à ma femme. C'est un RIO carbon, une pure merveille. Disque dur intégré de 5 Go (soit plus qu'il n'en faut pour y mettre sous format WMA toute notre collection de CD), une autonomie formidable, une qualité de son reconnue, et pour ne rien gâter, un super look.

Aujourd'hui, ceux et celles qui prennent le bus et le train peuvent constater que la mode touche tout le monde : jeunes, vieux, cadres, ouvriers. Tout le monde est équipé. Je vois même ressortir quelques anciens lecteurs CD, voir même des bons vieux Walkman K7 qui avait initié le mouvement de la musique mobile dans le début des années 80.

Du coup, quand vous prenez le train et / ou le bus il est fréquent d'être assis à côté d'un individu casqué. Concernant le casque, la mode diffère : il y a les casques discrets qu'on met directement dans l'oreille, les autres plus voyants qu'on porte comme des branches de lunettes, jusqu'au casque "poids lourd" anti conformiste (pour rebelle uniquement ou mélomane maniaque), c'est-à-dire le gros casque SONY double épaisseur modèle "casque anti bruit de chantier".

Théoriquement, le casque permet de confiner la musique au seul utilisateur de l'appareil. Dans la théorie, oui. Maintenant, dans la pratique, ce n'est pas souvent le cas.

Il y a quelques jours, j'étais assis à côté d'un jeune homme d'une vingtaine d'années qui devait écouter une musique bien trash, genre métal ou autre. J'entendais quasiment tout : les percussions, et surtout la guitare électrique déchaînée. J'entendais, mais comme au travers d'une machine à déformer les sons : les graves étaient absents, seuls les aigus passaient. Et ils passaient mal. Horrible. Insoutenable.

J'étais assez partagé dans ce que je voulais faire. Difficile de dire à un mec casqué que sa musique m'insupporte. Autant dire à un fumeur qui fume dans la rue, mais juste sous mon nez, d'aller fumer ailleurs. Surtout, je m'interrogeais sur la raison qui expliquait que j'entendais tout et si fort : casque nul qui laisse tout passer, ou musique poussée à fond ?

Pendant tout le trajet, je mourrais d'envie de demander à écouter pour avoir la réponse, mais j'ai réussi à me contenir. Je suis arrivé à destination les nerfs tendus comme des cordes à piano, mais je suis fier : j'ai tenu bon. Qui a dit que la musique adoucissait les mœurs ?