vendredi, décembre 02, 2005

Le fameux plan B

Souvenez-vous, au mois de mai dernier, les français devaient se prononcer, pour ou contre la constitution européenne. L'issue du scrutin fut pour le moins tragique pour l'Europe et la France : j'en avais fait un article dans le blog.

Les partisans du non, Fabius, communistes et extrémistes d'une même voix, avaient promis les feux de l'enfer si nous votions OUI. Les autres avaient annoncé la même chose si nous votions NON. Plusieurs mois après, nous avons plus de recul pour savoir qui a menti.

J'aimerais beaucoup que les journalistes aillent interroger nos concitoyens qui ont voté NON pour connaître leur ressentiment. J'exclus bien entendu de ce sondage les citoyens immatures qui ont voté NON juste pour faire un bras d'honneur aux politiques, sans réaliser les enjeux pour la France en général, et pour eux en particulier.

Que pensent par exemple aujourd'hui ceux qui ont voté NON pour bloquer l'entrée de la Turquie dans l'Europe ? Quelques semaines après le rejet français de la constitution, la Turquie entamait de façon tout à fait normale ses démarches pour entrer dans l'europe. Le rejet de la constitution n'a rien arrêté du tout, et c'est normal : ce n'était pas la question. Au contraire, la constitution imposait à la Turquie des contraintes supplémentaires pour pouvoir intégrer l'Europe. Dans quelques années, les français devront se prononcer sur la question au travers d'un autre référendum. Ceux qui ont dit qu'il fallait voter NON pour bloquer la Turquie ont donc menti aux français.

Que pensent aujourd'hui ceux qui ont voté NON pour avoir une Europe plus sociale ? La constitution apportait de réelles avancées dans ce domaine, et gênait la grande Bretagne qui rêve, elle, d'une Europe 100% libérale. Ils rejetaient d'ailleurs ce même texte parce qu'ils le trouvaient justement trop social. En novembre de cette année 2005, les principaux commissaires européens français ont été écartés de l'Europe au profit de commissaires acquis à la cause libérale. On en parle peu dans les médias. En refusant la constitution pour une Europe plus sociale, ce sera très exactement le contraire que nous allons récolter. Ceux qui ont dit qu'il fallait voter NON pour éviter une Europe libérale ont donc menti aux français.

Que pensent aujourd'hui ceux qui ont voté NON plus éviter le danger du fameux plombier polonais ? Les polonais ont repris cette plaisanterie à leur compte avec des affiches qui montrent un beau plombier musclé invitant à venir visiter la Pologne ! Le rejet de la constitution n'empêche rien du tout : ces libres échanges existaient bien avant l'écriture de cette constitution. Quant aux délocalisations dans les pays de l'est, elles sont inévitables, et nous y contribuons tous en cherchant toujours à payer moins cher ! Car les citoyens de tous les pays industrialisés ont cette absurde prétention : gagner plus mais payer moins cher les produits de consommation : une équation impossible à résoudre avec nos salaires ! Ceux qui ont dit qu'il fallait voter NON pour bloquer les délocalisations ont donc menti aux français.

Que pensent aujourd'hui ceux qui ont voté NON pour empêcher la mondialisation ? Cette mondialisation, nous la provoquons tous les jours en achetant les produits de consommation si possible au meilleur prix. C'est une marche inéluctable, comme le fut le démarrage de l'industrie au début du siècle dernier. Se battre contre, c'est vouloir imiter don quichotte. Ceux qui ont dit qu'il fallait voter NON pour combattre la mondialisation ont menti aux français.

Que pensent ceux qui ont voté NON pour sanctionner Chirac ? Quelques dissidents de l'opposition avaient évoqué la nécessaire démission de Chirac en cas d'échec et avait appelé à voter NON dans ce but. Le président avait pourtant dissocié référendum et démission et c’est normal, car seules les élections sont là pour sanctionner le gouvernement. Ceux qui dit qu'il fallait voter NON pour sanctionner le président ont menti aux français.

Il y en a encore beaucoup, mais pour finir, que pensent les français qui ont voté NON en croyant à ce fameux plan B qui était soi disant prévu en cas de rejet par la France, comme le soutenaient quelques opposants à la constitution ? Ce fameux plan B, qui devait être une renégociation vers un texte encore plus social, ou plus… plus… plus on ne sait pas trop quoi d’ailleurs. On ne voir rien arriver encore. Ceux qui ont dit qu'il fallait voter NON parce qu’un plan B était forcément prévu ont menti aux français.

La constitution est bel et bien enterrée, avec elle toutes les avancées qu’elle promettait et la place d’honneur qui était celle de la France et de l’Allemagne.