Scène classique dans un supermarché : une jeune mère de famille fait ses courses avec ses deux enfants turbulents. Ils semblent faire ce qu’ils veulent, et leur mère, visiblement de condition très modeste ne sait rien leur refuser. Les enfants s’arrêtent devant les ordinateurs et réclament à leur mère une machine dernier cri. Cette dernière tente de les raisonner. Elle leur explique qu’elle est sur-endettée, qu’elle ne peut pas payer, à moins de prendre un énième crédit. Les enfants ne veulent rien savoir. Ils trépignent sur place, hurlent, agressent. De peur qu’ils aillent trop loin, la jeune mère cède, et achète l’ordinateur, à crédit. Les gosses ont ce qu’ils ont voulu, mais ils ne sont pas calmes pour autant. Ils savent qu’ils peuvent demander tout ce qu’ils veulent, et qu’en hurlant, on le leur donnera. Ils ne s’en priveront pas.
Cette scène imaginaire, mais déjà vu par chacun d’entre nous dans des contextes différents, ce sont les français d’aujourd’hui. Toujours à réclamer plus, toujours à dire non, toujours à refuser le moindre effort, quelque soit les circonstances, quelques soient les enjeux, quelques soient les conséquences pour le pays. Les français de l’an 2000 sont de sales gosses à qui on n’a jamais dit non, et qui ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas tout ce dont ils rêvent.
Les autres pays observent ce qui se passe en France sans rien y comprendre. Mon épouse est enseignante de français. Elle enseigne à des étudiants et à des professionnels étrangers de passage à Paris pour améliorer leur français. Depuis le début de la crise du CPE, c’est leur sujet de discussion favori pendant les cours, à la grande honte de mon épouse. Ils lui posent mille questions, et essaient de comprendre. Ma femme ne sait pas quoi dire. Comme elle me l’expliquait : « Que veux-tu que je leur dise ? Que notre pays est peuplé de crétins ? ».
Quelque soit la nationalité de ces étrangers, les français passent à leurs yeux pour des imbéciles incapables de comprendre les enjeux économiques nationaux et internationaux, incapables de s’adapter au 21ième siècle. Ils passent au mieux pour de doux rêveurs au pire pour de sales gosses gâtés, qui se plaignent la bouche pleine.
Le CPE
Je souris jaune lorsque je vois de jeunes de 16 ans parler de la vie professionnelle. C’est sûr, ils sont crédibles ! Bien entendu, ils ne sont pas manipulés… Pareil pour les gosses de 12 ans qui participent aux manifs… Pensez donc !
Je souris aussi lorsque je vois de jeunes étudiants s’indigner, et je m’amuse à l’avance du jour où ils comprendront que toutes les annonces d’emploi, même quand on est diplômé de BAC+4 commencent par « … ayant au moins 3 ans d’expérience… » justement parce que les employeurs refusent de prendre un risque avec un jeune sans expérience. Or le CPE peut changer la donne, en diminuant ce risque pour l’entreprise, grâce à la durée de deux ans de la période d’essai.
Je ris aussi quand je vois de grands garçons de 20 ans hurler dans le micro du journaliste, expliquant qu’ils ne pourront pas acheter de maison et qu’ils ne pourront pas prendre de crédit parce qu’ils ne seront pas en « vrai CDI ». Bon sang : vous en connaissez beaucoup, vous, des jeunes de moins de 26 ans (car seuls les jeunes de moins de 26 sont concernés, rappelez-vous) qui ont des « vrais CDI » et qui prennent des crédits pour acheter une maison ? Qui va bloquer leur crédit : le CPE ou la banque qui rechigne déjà à vous faire crédit lorsque vous avez 35 ans, que vous êtes cadre avec 10 ans d’ancienneté dans la société ?? Alors, vous pensez, un jeune sans aucun apport personnel !! Vaste foutaise !
J’aime aussi voir ces jeunes futurs diplômés, toujours plus diplômés, qui vont sortir de l’école à 25 ans ou 26 ans, et qui ne verront même pas la couleur du CPE, parce qu’ils auront dépassé l’âge limite. Encore faut-il aussi qu'ils fassent des études apportant des débouchés. Ils sont de plus en plus nombreux en filière "psychologie", "sociologie", des secteurs qui ne sont pas connus pour créer des emplois. Un jeune s'est même présenté en recherche d'emploi, avec sa ... licence de théâtre...
Par contre, le petit jeune de banlieu, le sans-diplôme, qui doit travailler dès ses 18 ans, lui, le CPE, ça ne le gêne pas, bien au contraire. Partant du principe que ça ne peut pas être pire qu’aujourd’hui, il serait même plutôt pour. Rappelons que le pourcentage de chômage chez les moins de 26 ans est supérieur à 35%, contre un taux de chômage inférieur à 4% en 1972 pour la même tranche d’âge !
Je ris moins lorsque je vois ces jeunes faire à la France un cour de démocratie, en hurlant que le gouvernement doit céder parce qu’ils sont dans la rue. Parlons aussi de ceux qui ne le sont pas ! La loi a été votée par le parlement : ce n'est pas assez démocratique ?
En attendant, ces champions zélés de la démocratie bloquent les entrées des facs, et mettent en grand danger de nombreux étudiants désargentés qui ont pris des crédits pour payer leurs études. Ils sont forts nos jeunes démocrates boutonneux quand ils disent que le combat du CPE vaut bien une année scolaire sacrifiée, parce que « le CPE c’est pour la vie » (jusqu’à 26 ans, c’est vrai qu’à leurs âges, 26 ans, c’est encore le bout de la vie). Je suis sûr que ceux qui décrètent cette connerie ont papa et maman qui banquent… ! Dommage, les autres n’ont jamais la parole !

Les partis politiques
A côté d’eux, main dans la main, les responsables des partis politiques, la gauche en tête, et tous les autres, trop heureux d’avoir trouvé le poil à gratter du gouvernement. Pensent-ils que le CPE est mauvais, eux qui n’ont pas bougé pour le CNE ? Fabius, qui attaque le CPE en frontal, n'a-t-il pas dit que "Beaucoup de jeunes sont en désarroi total et on utilise cette détresse pour démolir leur droits. Ce n'est vraiment pas correct", lui qui a mis en place en 1984 les scandaleux TUC qui n’étaient qu’une exploitation de pauvres gens ?
Je ris. Heureusement, Martine Aubry est arrivée, comme zorro. Elle a annoncé fièrement pendant une conférence de presse la parade de la gauche face au CPE : le EVA. Tenez vous bien, l’EVA c’est le contrat d’Entrée dans la Vie Active. C’est une rémunération mensuelle (la France est riche) pour les jeunes qui font leurs études ou qui cherchent du boulot ou qui ne glandent rien, en échange de leur engagement à chercher du travail. Moi, je pensais que rechercher du boulot, c'était une évidence, et qu'il n'y avait pas besoin de s'y engager. Dans la france d'aujour'd'hui, apparemment, ce n'est pas vrai.
Bref, c’est un RMI jeune, qui avait la même condition (l’engagement de chercher du travail). Le RMI est très célèbre : il a même une réputation internationale ! On vient de partout pour le toucher. AUCUN journaliste n’a demandé : « si vous êtiez au gouvernement, comment feriez-vous pour financer cette réforme ? » . De la même façon que la gauche a financé la CMU (couverture sociale universelle, gratuite pour tous) : aucun financement n’était prévu ! Pour le payer, il faut donc endetter la France, ou mettre des taxes supplémentaires sur les entreprises, qui pourront moins embaucher, et qui quitteront la France, écoeurées. En grande bretagne, créer une entreprise prend quelques heures, contre plusieurs mois de tracasseries administratives en France. En France, on n’aime pas les entreprises et on le leur fait bien sentir, mais on veut du boulot. Cherchez l’erreur.
Ah, Martine Aubry, il ne faut pas en dire du mal, de Martine. On l’aime bien, nous les cadres. D’accord, on est plutôt à droite, et elle carrément à gauche (elle est même carrément à l’ouest dirons-nous), mais elle nous a donné, à nous les cadres, 4 semaines de congés supplémentaires avec les 35 heures, alors qu’on ne lui demandait rien. Notre salaire continue d’augmenter ; on en profite pour partir en vacances. Evidemment, pour les ouvriers, c’est moins sympa : ils ne peuvent plus faire d’heures supplémentaires pour augmenter leur salaire, et leurs salaires sont bloqués. Et comme ils n’ont pas d’argent, les loisirs, c’est long… Mais enfin, elle est toujours là, Martine… Même pas honte, et des français votent toujours pour elle. Comme quoi, les français ne comprennent vraiment rien.
La droite n'est pas en reste sur le plan du ridicule, comme quoi il n'y a pas un parti politique pour sauver l'autre. Pour sauver la face d'un premier ministre qui s'y est pris comme un manche, la loi est promulguée, mais ne sera jamais appliquée. Quel camouflet pour une loi ! Il aurait mieux valu l'abandonner, plutôt que de faire ce petit jeu de passe-passe pour faire plaisir à un premier ministre en difficulté.
Mais ce n'est pas tout. En pleine bataille droite contre gauche, voici que le clan du premier ministre déclare la guerre ouvertement au clan du ministre de l'intérieur. A la radio, ce mation du 4 avril 2006, en pleine journée de mobilisation anti CPE, les amis du premier ministre menacent de créer leur propre parti politique, contre l'UMP ! Pour nous, simples citoyens, c'est incompréhensible. On pouvait penser qu'ils étaient unis pour travailler ensemble à la résolution de ce grave conflit. Hé bien non... Mais dieu qu'ils sont bêtes.
Réglons la question une fois pour toute, et votez pour moi aux prochaines élections !
Les journalistes
Je ne regarde plus les infos à la télé. Ecoeurement… Ca ne passe plus… Les journalistes de la télévision font l’actualité : ils ne la présentent pas. Gloire et honneur aux braves étudiants qui manifestent. Avez-vous vu beaucoup d’étudiants non grévistes ? Ils ne sont pas assez télévisuels…
C’est comme pendant les grèves de la SNCF. Je prends le train tous les jours, et croyez moi, le jour de grève, je déconseille à un contrôleur SNCF de passer dans les trains dégorgeant de voyageurs. Je pense qu’il se ferait écorcher vif ! Hé bien malgré cela, le soir, à la télé, on voit de braves journalistes interroger des voyageurs qui comprennent tout à fait les grévistes. Ils sourient et disent : « on prend notre mal en patience ». Mais d’où ils les sortent ceux-là ? Je n’en ai jamais vu !!!
Les journalistes sont pleinement responsables de la situation. A part quelques uns qui font des émissions à contre-courant, en posant les questions qui fâchent, la plupart prend faite et cause pour la masse populaire, de peur de sabrer les audiences de la chaîne, tout simplement. Pourtant, quand je vois un journaliste interviewer un homme politique, de droite comme de gauche, je hurle sur la télé : « demande lui ça, et ça, mais vas-y bon sang ! ». Rien.
La dette de la France
Quand on voit ce qui se passe pour un simple CPE, on a peur de ce qui se passera lorsque des réformes profondes seront annoncées, si elles le sont un jour.
Car la France est au bord de la banqueroute, le saviez-vous ?? La France est endettée à plus de 65%, un chiffre colossal. Rembourser uniquement les intérêts de la dette, c’est engloutir chaque année l’équivalent du budget de l’éducation national, un poids lourd sur le budget de l’état. Si rien n’est fait, l’endettement sera de 130% en 2020 (dans moins de 14 ans !!), 200% en 2030, … je ne vais pas plus loin car si nous atteignons ces chiffres, la France sera en cessation de paiement, comme l’a été l’argentine (souvenez vous, les banques en faillite, etc).
Mais ce qui est amusant, c’est que PERSONNE ne parle de cette situation alarmante, personne ! La gauche n’en parle pas : ils savent bien que les 35 heures (entre autres bonnes idées) y sont pour beaucoup. La droite n’en parle pas plus, parce qu’ils n’ont pas fait grand-chose pour réduire cette dette en près de 10 ans de pouvoir. Les syndicats n’en parlent pas : ils passeraient pour des fous de demander toujours plus malgré cette situation. Les français n’en parlent pas : ils s’en foutent. Eux, tant qu’il y a du foot et la Star’ ac, tout va bien.
La situation est ubuesque, incroyable. Les seuls fonctionnaires représentent la moitié du budget de l’état, la moitié !! Dans la fonction publique, il n’y a pas moins de SEPT centrales de syndicat. Tout est verrouillé, cadenacé.
Un fonctionnaire, c’est impossible à virer, au grand damne des fonctionnaires compétents qui bossent bien et qui bossent dur, justement pour faire le boulot des autres. Une amie cadre dans le public me racontait un jour qu’un syndicaliste était allé la voir pour lui dire de faire grève pour « plus d’effectifs ». Ce à quoi elle avait répondu : « je veux pas plus d’effectifs, je veux des mecs qui bossent ! Dans mon équipe de 4 personnes, j’ai un alcoolo et un paresseux qui arrive à 11h00 et qui repart à 15h30 ! Virez les et vous verrez qu’on va gagner en performance ! ».
Une amie enseignante, jeune prof passionnée et enthousiaste est sans poste actuellement. D’elle-même, elle a demandé à faire du soutien scolaire ; elle aurait pu rester chez elle. Actuellement, elle remplace une prof qui est absente la moitié de l’année. Cette prof alcoolique, dépressive, enchaîne les arrêts de maladie en prenant soin de ne pas prendre plus de 15 jours d’affilée pour éviter que son poste ne soit donné à quelqu’un d’autre. Ca dure depuis plusieurs années et ça déprime les jeunes profs qui ne sont pas là ni pour les vacances ni pour la sécurité de l'emploi, mais bien parce que l'enseignement est leur passion.
Les fonctionnaires ne sont pas payés en fonction de leur performance. Le gouvernement a voulu donner des primes d’efficacité, et cela avait déclenché un tollé général chez les syndicats. Qu’un fonctionnaire bosse dur, ou qu’il ne bosse pas, il sera finalement payé à peu près pareil. Un chercheur du CNRS a un jour remercié son chef de lui avoir mis comme appréciation « Qualités exceptionnelles ». Gêné, le chef de service lui expliqua avec ménagement, qu’à cause des syndicats, il mettait cette appréciation à tous les membres de son équipe, quelles que soient leurs performances.
Si on met en place ce système pour les millions de fonctionnaires en trouvant que c'est une bonne chose, pourquoi ne pas le mettre en place dans les écoles ? Imaginez une école qui fonctionnerait sur ce principe. Dites aux élèves : "Les enfants, à partir de maintenant, quoi que vous fassiez, vous aurez tous la même note. Il n'y aura plus aucune sanction, mais que des récompenses. Et d'ailleurs, vous aurez toute la même, au même moment, quoi que vous ayez fait. Ce sera plus juste pour tout le monde !". Juste pour qui ? Seuls les mauvais élèves seront ravis. Les autres, ceux qui voulaient travailler n'auront plus aucun intérêt à le faire.
Les fonctionnaires ne peuvent pas être licenciés, même s’ils sont mauvais, même s’ils sont minables, comme mon prof de maths en 6ieme (dieu ait son âme, il s’est noyé dans son alcool) qui venait ivre mort à tous les « cours ». Comment un pays peut-il continuer à exister dans le 21ieme siècle, dans le siècle de la mondialisation et de la performance, en gardant ce système archaïque ? Plus inquiétant: un sondage montre que la majorité des jeunes étudiants ne rêvent que d’une chose : devenir fonctionnaire. Dans quel but ? Servir le pays ?

Savez-vous de quand date cet incroyable statut du fonctionnaire intouchable ? Ca date de 1946 : le statut a été instauré par Maurice Thorez, un ministre… communiste !! Il a été copié sur le glorieux et prestigieux système soviétique. Un bien bel exemple. De la même façon, la structure de l’éducation nationale a été organisée à la même époque par un autre ministre communiste, en prenant exemple (et quel bel exemple ma foi) sur le « politburo », l’organe d’administration de l’union soviétique, avec une administration centrale. L’éducation nationale est aujourd’hui réputée mondialement pour être la dernière grande entreprise soviétique du monde. Un honneur français… C’est surtout une organisation noyautée par les syndicats qui vous donnent votre note d’inspection avant même votre hiérarchie. Ou encore, comme cela a été dit à notre amie : « si tu veux un poste, il faut te syndiquer ».
On sème des impôts et on récolte des fonctionnaires. En comptant tous les fonctionnaires en France, ils représentent plus de 25% de la population active, sans compter les postes protégés de la SNCF, de l’EDF, de la RATP. En France, il y a 10 fonctionnaires pour 100 habitants contre une moyenne de 6 en Europe. Presque deux fois plus ! Pour réduire le taux de chômage, pour faire quelques cadeaux électoraux, en 2002, dernière année Jospinienne, 17 000 fonctionnaires ont été engagés. De 1982 à 2003, 956 000 fonctionnaires supplémentaires ont été recrutés, essentiellement par la gauche. Et le ridicule ne tue pas : en 20 ans, les effectifs du ministère de l’agriculture ont augmenté de 8% alors que le nombre d’exploitants a diminué d’un tiers.
La précarité
Et toutes les autres personnes victimes de la précarité, à plus de 30 ans, à plus de 40 ans, que doivent-elles penser de tout ce remue ménage ? Est-ce que les jeunes révoltés du CPE pensent vraiment que la précarité viendra avec le CPE ? Elle est déjà là, la précarité, avec des entreprises qui embauchent pour des contrats d’une demi journée, qui font venir des hommes et des femmes dans leurs entreprises pour leur dire que, finalement, non, ils n’ont pas besoin d’eux aujourd’hui et qu’ils peuvent repartir chez eux. Ces gens-là, on ne les entend pas. Pourtant, ce ne sont pas des CPE : ils ont des contrats tout à fait classiques.
Cette précarité, on en parle et on la combat sans jamais essayer de comprendre d’où elle vient. Vient-elle de la mondialisation ? Cette mondialisation que tout le monde conspue en France ! Plutôt que de surfer sur cette mondialisation, et d’en faire de la richesse, les français préfèrent la combattre, comme d’autres, au début du 20ieme siècle voulait combattre la marche de l’industrialisation. Une ineptie, un suicide économique, une folie !
Les français haïssent la mondialisation, mais ils se ruent comme des moutons dans les magasins discount. Ils vident les rayons des produits importés en masse de Chine, préférant bien entendu payer 1,25 € cette multiprise électrique made in china, plutôt que 9 € le même article made in France. Et ils sont fiers de leur bonne affaire en plus !!! De son côté, l’ouvrier de l’usine française de production des prises électriques va pointer au chômage : son usine a été délocalisée en chine.
Ces bons français encore, qui vont aller aussi râler dans les super marchés, et dans les magasins pour toujours payer moins cher. Celui qui paie le « prix couillon », c’est justement, un couillon. A force, les prix baissent, mais jusqu’au baisseront-ils ? Et l’on s’étonne que les salaires soient tirés vers le bas. On attaque les actionnaires des grandes entreprises du CAC40, en les accusant de toujours en vouloir plus, alors que ceux-là même qui accusent ont leurs économies sur des assurances-vie indexées sur le cours de la bourse !
Et il y a la protection des salariés. Comme il y a la protection des locataires. Si vous louez une maison et que vous avez le malheur de tomber sur un mauvais payeur, alors là, vous êtes dans de beaux draps. La loi est contre le propriétaire : elle est pour le mauvais payeur. On voit alors des situations incroyables, comme cette famille qui a acheté une petite maison à crédit, qu’elle rembourse avec le loyer qu’elle touche. C’est un simple placement. Le locataire ayant décidé de ne plus payer, la faillite les guette, et mettre le locataire dehors, c’est plus de 3 ans de procédure ! Ils sont tellement protégés, les locataires, que plus personne ne veut louer. Ou alors, en demandant des garantis tellement importantes que beaucoup de gens terminent aujourd’hui au camping.
Et contre qui râle-t-on ? Est-ce contre cette protection qui nécessite des garanties, cette protection injuste qui protège si peu d’honnête gens par rapport aux mauvais payeur qui décident de ne plus payer, juste parce que la télé plasma vient d’entrer dans le salon ? Non, contre le vilain épargnant qui a osé – quelle honte – réclamer le fruit de son travail. La France marche sur la tête.
En matière d’emploi, c’est la même dérive. A force d’être surprotégé, le salarié en paie les frais. Les employeurs sont méfiants, demandent des garanties. Ils hésitent à embaucher, car ils savent qu’une fois le contrat signé et la période d’essai terminée, ils sont bloqués. Les syndicats se battent pour que cette protection perdure, en mettant en avant les risques de précarité, alors que cette précarité existe déjà aujourd’hui pour une foule de personnes.
Le royaume uni montre l’exemple avec sa flexibilité de l’emploi. Peu de protection, à la fois pour les salariés et les locataires. Par contre, il est facile de trouver un emploi parce que les employeurs ne se sentent pas pris en otage. Et les salariés trouvent facilement des logements, sans présenter nécessairement de fortes garanties. Le système marche tellement bien que les jeunes français sont de plus en plus nombreux à traverser la manche pour fuir la France et ses contraintes. Vu de Londres, le CPE fait rire !
L'exemple Canadien
Pour finir, et après je pars me coucher, promis, parlons de l’exemple Canadien. Dans les années 90, le Canada était dans une mauvaise passe. Le pays était même considéré par les spécialistes de l’économie comme en situation de banqueroute : 10% de chômage, 70% d’endettement… Bref, la situation française actuelle.
Le gouvernement qui était aux affaires en 1998 a décidé de redresser la situation. Pour cela, comme l’ont fait le Royaume uni, la Suède, la nouvelle Zélande, le Canada a taillé dans le vif.
Les dépenses ministérielles ont été réduites au maximum : les projets inutiles et dépensiers ont été supprimés, et toute dépense doit être justifiée, jusqu’aux notes de frais qui sont affichées sur le net ! Des pans entiers du service public ont été privatisés, le nombre des fonctionnaires a été réduit de manière drastique. Les aides aux entreprises ont été augmentées (plutôt que de les enfoncer comme on le fait en France). Bref, au bout de seulement trois années, le bilan est redevenu positif, mais au prix de quels efforts de la part de tout le monde ! Aujourd’hui, c’est l’opposition qui est au pouvoir, et elle se garde bien de toucher à quoi que ce soit !
Aujourd’hui, la dette colossale du Canada est effacée. Le pays est montré en exemple dans le monde entier. On pourrait se dire : que sont devenus ces fonctionnaires licenciés ? Et bien ils travaillent, comme tout le monde : le taux de chômage est inférieur à 3%. Aujourd’hui, un chômeur longue durée au Canada, c’est une personne sans travail depuis plus de 3 mois.
La situation est-elle reproductible en France ? Les manifestations anti CPE montrent manifestement que non. Les syndicats verrouillent le pays. Les combats des partis empêchent toute réforme même si elle peut s’avérer payante.
Le mot de la fin revient à cet expert canadien à qui le journaliste français posait cette question : « d’après vous, est-ce que les français dorment ? ». Ce à quoi l’expert a répondu : « Non, ils ne dorment pas : ils rêvent ».