vendredi, décembre 01, 2006
Le Contrat de Travail Intermittent
Le Contrat de Travail Intermittent permet à un employeur, dont l'activité connaît par nature des périodes travaillées et non travaillées, d'embaucher des salariés en CDI et non plus seulement dans le cadre de contrats précaires.
L'objectif de ce type de contrat est louable. Il permet aux entreprises qui connaissent une activité saisonnière de pouvoir proposer un vrai contrat de travail à durée indéterminée à leurs salariés. C'est idéalement le cas des salariés du tourisme, qui se verront proposer 3 mois d'activité contractuellement garantie, chaque année, de mi juin à mi septembre.
Ce contrat donne aux salariés un vrai statut au sein de l'entreprise, avec une vraie ancienneté qui se calcule depuis la date de début du contrat, et non au prorata de la présence au sein de l'entreprise. Il bénéficie aussi de formations professionnelles, des allocations chômage, ...
Ca, c'est la théorie. Passons maintenant à la réalité.
Je n'aurais jamais entendu parler du CTI si je n'avais pas connu dans mon entourage quelqu'un qui a signé un tel contrat. Appelons-la Nathalie.
Nathalie a la quarantaine. Elle subit de plein fouet la précarisation du travail. Elle travaille pour une marque de vêtement très connue, qui vend par correspondance. Nathalie est opératrice logistique : c'est elle qui prépare vos colis quand vous faites une commande.
Ce n'est pas à proprement parler une activité saisonnière, mais plutôt une activité fluctuante qui dépend beaucoup des actions marketing (pub, ...). En clair, si les clients ne commandent pas, Nathalie n'a pas de travail.
Le rêve de Nathalie et de ses semblables plongées dans la précarité, c'est de décrocher un CDI, même au SMIC. De ce fait, lorsque les responsables de l'usine ont évoqué l'éventualité d'embauches en CDI, ce fut l'effervescence au sein de la trentaine des candidates potentielles.
Le « deal » que la direction a passé avec ses opératrices logistiques était simple : " Il va y avoir des embauches en CDI mais pour espérer faire éventuellement partie des élues, il faut d'abord être sous contrat CTI". Les candidates ont donc toutes supplié la direction pour avoir la chance de signer un CTI. S'étaient-elles renseignées avant la signature sur les modalités de ce contrat mystérieux ? Il est probable que non. Et d’abord, pourquoi se méfier ? Dans "CTI", n'y a-t-il pas le I de "Indéterminé" ? C'est le mot magique des précaires.
Autre engagement de la direction : si l’entreprise a besoin de main d’œuvre supplémentaire, elle s’engage à avoir recours prioritairement aux employés « CTI », en supplément de leurs heures contractuelles, par l’intermédiaire d’une société d’intérim avec laquelle l’entreprise a passé un accord. Cet engagement permettra, pense-t-on, de couvrir un peu plus la période d’inactivité en dehors de la période de travail couverte par le CTI.
La signature s’est déroulée le plus officiellement du monde, en présence de représentants de l’ANPE et des ASSEDIC. Sont-ils complices du piège qui est en train de se préparer ? En tout cas, voici notre brave Nathalie sous contrat pour seulement quatre mois de travail assuré par an.
Quelques mois après la signature, celles que l’on appelle maintenant « les CTI » ont commencé à déchanter. A demi mot, et avec un embarras évident, la direction a finalement reconnu qu'il n'y aurait aucune embauche CDI. Mais ce n'est pas le pire.
Avant de signer ce fameux CTI, Nathalie faisait la jointure entre ses différents petits boulots avec ses allocations assedic. Elle a rapidement découvert qu'elle n’avait plus droit à rien, puisque pour les Assedic, elle n’est pas au chômage : elle est officiellement salariée sous contrat !
Plusieurs fois, Nathalie a essayé de contacter le numéro téléphonique spécial (hotline) que les Assedic avaient mis à leur disposition pour répondre aux questions : mais personne ne décroche. Lorsqu’elle parvient à contacter les organismes Assedic / Anpe, les réponses divergent. Certains estiment qu’une salariée en CTI a toujours droit aux allocations Assedic sous certaines conditions d’un nombre minimum travaillé, d’autres certifient que le contrat lui interdit de toucher quelqu’indemnité que ce soit. La dernière personne des Assedic contactée, n’avait jamais entendu parlé du CTI : il a fallu lui expliquer !
Qu'à cela ne tienne, Nathalie se contentera donc des seuls revenus des boulots qu'elle trouvera pour combler les huit mois d'activité non couverts par son CTI. Et là, c'est le choc : les entreprises ne veulent pas d'une salariée liée contractuellement à une autre entreprise !! Trouver un autre emploi complémentaire devient alors encore plus difficile, voir impossible. Pourtant, il faut bien vivre les autres huit mois de l’année !!
Le dernier espoir, c’est donc l’engagement moral de l’entreprise de faire appel aux CTI au travers d’une société intérimaire privilégiée, en complément des heures contractuelles. Mais là aussi, la promesse n’est pas suivie d’effets. Régulièrement, les « CTI » voient des intérimaires extérieurs remplir des tâches qu’elles auraient pu assurer elles-mêmes.
On devine que l’entreprise trouve très certainement un intérêt économique à multiplier les précaires à son service. Mais c’est en détruisant des vies au passage, car si une personne employée à plein temps peut vivre, cinq personnes qui travaillent seulement une seule journée par semaine en sont bien incapables.
Les salariées en CTI semblent supporter sur leurs frêles épaules tous les efforts d’économie de l’entreprise, alors que leur population est économiquement la plus vulnérable. Tous les moyens sont bons pour réduire les charges. Exemple avec le paiement des jours fériés. Si une personne en CTI travaille au cours d’une semaine qui comporte un jour férié, ce jour chômé doit être logiquement payé. Alors, l’entreprise ruse. La veille du jour férié, la direction annonce au personnel en CTI, qu’hélas, il y n’y a plus de travail pour le restant de la semaine. Mais bizarrement, le lendemain du jour férié, surprise !! Il y a de nouveau de l'activité ! Hop, les petites mains reviennent, tandis que l'entreprise fait une substantielle économie sur le dos d’une population déjà fragilisée !
Tout au long de l’année, l’entreprise appelle Nathalie de temps en temps, dans le cadre de ses quatre mois d’activité garanties, pour une journée de travail ici et là. Nathalie a la désagréable sensation d’être devenue de la basse main d'oeuvre corvéable à merci, une sorte de machine que l’on sort du carton de temps en temps. L'intervention la plus courte : 15 minutes de travail avant d'être renvoyée chez elle. Elle a le droit de refuser une demande, mais disons que c'est vivement recommandé d'accepter.
Vous allez faire comme moi : vous allez conseiller à Nathalie de quitter cette entreprise. Oui, mais quitter c'est démissionner, et démissionner, c'est perdre les droits aux allocations chômage pour lesquels elle a cotisé. Bref, elle est prise au piège.
Vous allez donc vous demander, tout comme moi, pourquoi la France s’est levée contre le gouvernement pour protester avec véhémence contre le CPE, le Contrat Première Embauche, alors que personne ne parle de ce fameux CTI. Car finalement, en comparaison, le CPE, c’est un contrat en or que Nathalie signerait sans hésiter !!
Laurent Fabius, je me souviens, s’était mobilisé pour combattre avec force ce CPE. A cette occasion, il avait déclaré : « Je refuse la société du jeune jetable que consacre le CPE. Je refuse l’institutionnalisation de la précarité »
Dans ce cas, pourquoi est-ce qu’il ne se mobilise pas avec autant de force contre ce fameux CTI qui, justement, institutionnalise la précarité ?
Peut-être tout simplement parce que, contrairement au CPE, le CTI n’est pas un produit de la Droite, mais bien une invention de la Gauche, une invention du parti socialiste, le propre parti politique de Laurent Fabius.
En effet, le CTI ou Contrat de Travail Intermittent s’appelle aussi « loi Aubry II du 19 janvier 2000 », instituée par la Gauche. Difficile donc, pour l’opposition et pour les syndicats de dénoncer ses dérives.
Encore une fois, les petites gens sont victimes d’un jeu de dupe, entre la complicité passive des médias qui se gardent bien de diffuser ce genre d’histoire, et les mensonges des politiques. Ce serait pourtant bien que ces petites gens, naturellement portées à voter à gauche pour être mieux défendues contre les pouvoirs de l’argent, sachent à qui ils doivent de telles situations.
samedi, novembre 25, 2006
Les médias font l’opinion
Un rappel des faits : à la sortie du match PSG-Hapoël Tel Aviv , jeudi 23 novembre, une bande de supporters du PSG a pris à partie plusieurs supporters de l’équipe adverse. Les supporters du PSG font partie d’un club de supporters qui s’appelle « Kop Boulogne », la branche la plus dure des supporters, proche de l’extrême droite, animée par la haine du black, du juif, etc…
A la sortie du match, cette joyeuse bande a pris en chasse des supporters de l’équipe de Tel Aviv. Un policier en civil (noir de peau, ce qui n’a fait qu’attiser la haine des assaillants) a voulu s’interposer, et a été immédiatement pris à partie. Jeté à terre, plusieurs supporters du PSG ont commencé à lui donner des coups de pieds au ventre. Le policier a voulu se défendre avec une bombe de gaz lacrymogène, sans succès. Pour réussir à s’en sortir, il a fait usage de son arme de service et a tiré une balle sur les 11 cartouches que contenait son arme. Cette balle a transpercé un des assaillants, et en a touché un autre qui était derrière. Au final : un mort chez les assaillants. Par la suite, le policier et l’homme qu’il tentait de protéger se sont réfugiés dans un Mac Do qui a été attaqué. Ce n’est que l’arrivée (tardive) des renforts qui a sauvé le policier, son protégé, ainsi que les clients du MacDO.
Je vous invite à lire le témoignage d'un journaliste qui a assisté à la scène. C'est assez édifiant. Cliquer ici.
La grande question qui se pose aujourd’hui dans beaucoup de médias est de savoir pourquoi le policier a tiré, alors que la vraie question est de savoir comment il est possible en France, à Paris, en ce début du 21ième, que des hordes d’excités enragés & xénophobes puissent se rassembler à chaque sortie de match et tabasser qui bon leur semble.
Si le policier avait été tué, nul doute que la position de la presse aurait été tout autre. On aurait dit que c’est bien malheureux, mais que le policier n’était peut-être pas là où il devait être. Un accident du travail, en somme.
Interrogée par la presse, la mère de la « victime » indique que son fils n’était pas un hooligan. Il était là par hasard, au mauvais moment, au mauvais endroit. Aucun journaliste n’osera écrire que cette déclaration ne tient pas debout. Lorsqu’un groupe de jeunes prend en chasse deux hommes, en hurlant des insultes racistes, peut-on imaginer qu’un pauvre innocent puisse « par hasard » se trouver parmi les premiers assaillants ?
Pour finir, voici une dépêche AFP dont j’ai pris connaissance cet après midi et qui a motivé l’écriture de cet article, tellement je trouve ce texte affligeant :
PARIS (AFP) - Le Paris SG, endeuillé par la mort d'un de ses supporteurs jeudi après l'humiliation subie contre Hapoël Tel Aviv, va devoir essayer de se relever pour éviter de tomber encore plus bas à Nantes, autre club en crise, lors de la 15e journée de Ligue 1 de football.
… endeuillé par la mort d’un de ses supporteurs…
A croire l’article, c’est une victime innocente qui a perdu la vie. Pas un mot sur le fait que l’homme était un agresseur et que si le policier ne s’était pas défendu, cette pauvre « victime » aurait certainement été un tueur de flic. Mais je sais ce que vous allez me dire : tuer un flic, c'est beaucoup moins grave.
dimanche, septembre 17, 2006
La gaffe du pape
La règle d’or est universelle : mieux vaut ne pas heurter la sensibilité des plus nombreux et des plus nerveux si on veut éviter les ennuis, ou tout simplement rester en vie.
Le pape aurait dû suivre cette prudente règle. Il y a quelques jours, ce dernier a fait une grosse gaffe, sur une simple vision différente de Dieu. Il avait eu l’affront d’avancer que «la violence est contraire à la nature de Dieu». Cela remet donc en cause la justification du djihad, la guerre sainte, fond de commerce des extrémistes religieux musulmans.
L’idée n’a pas plu : les religieux islamistes ont protesté, comme le grand mufti d'Arabie saoudite qui a défendu l'esprit du djihad dans l'islam, comme étant à l'origine "un droit légitimé par Dieu ».
En mettant ainsi clairement en évidence la différence entre justification de la guerre sainte côté musulman, et l’aspiration à la paix côté catholique, le pape a donc indirectement montré que l’islam était une religion qui pouvait être violente.
Le monde musulman n’a guère apprécié l’idée. Et pour protester contre cette accusation de violence, et comme pour prouver leur pacifisme ( …) , le pape a été menacé de mort, et les musulmans ont été appelés par certains religieux à se venger. A ceux là, il ne faut pas leur dire deux fois.
Aujourd’hui, un extrait du « Monde » résume la situation : « Dimanche matin, deux églises ont été endommagées dimanche par des inconnus à Tulkarem et Toubas, deux localités du nord de la Cisjordanie. Cinq autres églises avaient déjà été la cible d'attaques samedi à Gaza et en Cisjordanie. Dimanche matin, une religieuse catholique italienne a été tuée dans un hôpital de Mogadiscio. Les motifs du double crime n'étaient pas connu. Mais samedi, un chef religieux de la capitale somalienne lié au puissant mouvement des tribunaux islamiques qui contrôlent la ville depuis juin avait appelé les musulmans à "se venger" du pape. »
Ce qui est étonnant dans cette affaire, c’est que je ne lis et je n’entends nulle part de commentaire pouvant mettre en avant cette aberration. Pourtant, c’est bien cette contradiction qui est intéressante. En effet, lorsque les actes et les paroles ne sont plus reliés par la logique, on peut craindre le pire, car aucune raison ne peut plus calmer la situation.
Cette affaire me conforte dans mon opinion sur les religions. Placée au dessus de tout, inattaquable car divine, la religion devient aujourd’hui un prétexte puissant pour permettre et justifier toutes les exactions. Nos religieux catholiques en ont usé et abusé pendant le moyen âge ; les croisades et leurs cortèges de morts « au nom de Dieu » en sont un bon exemple.
Si seulement nous pouvions compter le nombre de morts causées par les religions de toutes natures depuis l’aube des temps, ça nous ferait réfléchir...
lundi, avril 03, 2006
Les français ? De sales gosses !
Scène classique dans un supermarché : une jeune mère de famille fait ses courses avec ses deux enfants turbulents. Ils semblent faire ce qu’ils veulent, et leur mère, visiblement de condition très modeste ne sait rien leur refuser. Les enfants s’arrêtent devant les ordinateurs et réclament à leur mère une machine dernier cri. Cette dernière tente de les raisonner. Elle leur explique qu’elle est sur-endettée, qu’elle ne peut pas payer, à moins de prendre un énième crédit. Les enfants ne veulent rien savoir. Ils trépignent sur place, hurlent, agressent. De peur qu’ils aillent trop loin, la jeune mère cède, et achète l’ordinateur, à crédit. Les gosses ont ce qu’ils ont voulu, mais ils ne sont pas calmes pour autant. Ils savent qu’ils peuvent demander tout ce qu’ils veulent, et qu’en hurlant, on le leur donnera. Ils ne s’en priveront pas.
Cette scène imaginaire, mais déjà vu par chacun d’entre nous dans des contextes différents, ce sont les français d’aujourd’hui. Toujours à réclamer plus, toujours à dire non, toujours à refuser le moindre effort, quelque soit les circonstances, quelques soient les enjeux, quelques soient les conséquences pour le pays. Les français de l’an 2000 sont de sales gosses à qui on n’a jamais dit non, et qui ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas tout ce dont ils rêvent.
Les autres pays observent ce qui se passe en France sans rien y comprendre. Mon épouse est enseignante de français. Elle enseigne à des étudiants et à des professionnels étrangers de passage à Paris pour améliorer leur français. Depuis le début de la crise du CPE, c’est leur sujet de discussion favori pendant les cours, à la grande honte de mon épouse. Ils lui posent mille questions, et essaient de comprendre. Ma femme ne sait pas quoi dire. Comme elle me l’expliquait : « Que veux-tu que je leur dise ? Que notre pays est peuplé de crétins ? ».
Quelque soit la nationalité de ces étrangers, les français passent à leurs yeux pour des imbéciles incapables de comprendre les enjeux économiques nationaux et internationaux, incapables de s’adapter au 21ième siècle. Ils passent au mieux pour de doux rêveurs au pire pour de sales gosses gâtés, qui se plaignent la bouche pleine.
Le CPE
Je souris jaune lorsque je vois de jeunes de 16 ans parler de la vie professionnelle. C’est sûr, ils sont crédibles ! Bien entendu, ils ne sont pas manipulés… Pareil pour les gosses de 12 ans qui participent aux manifs… Pensez donc !
Je souris aussi lorsque je vois de jeunes étudiants s’indigner, et je m’amuse à l’avance du jour où ils comprendront que toutes les annonces d’emploi, même quand on est diplômé de BAC+4 commencent par « … ayant au moins 3 ans d’expérience… » justement parce que les employeurs refusent de prendre un risque avec un jeune sans expérience. Or le CPE peut changer la donne, en diminuant ce risque pour l’entreprise, grâce à la durée de deux ans de la période d’essai.
Je ris aussi quand je vois de grands garçons de 20 ans hurler dans le micro du journaliste, expliquant qu’ils ne pourront pas acheter de maison et qu’ils ne pourront pas prendre de crédit parce qu’ils ne seront pas en « vrai CDI ». Bon sang : vous en connaissez beaucoup, vous, des jeunes de moins de 26 ans (car seuls les jeunes de moins de 26 sont concernés, rappelez-vous) qui ont des « vrais CDI » et qui prennent des crédits pour acheter une maison ? Qui va bloquer leur crédit : le CPE ou la banque qui rechigne déjà à vous faire crédit lorsque vous avez 35 ans, que vous êtes cadre avec 10 ans d’ancienneté dans la société ?? Alors, vous pensez, un jeune sans aucun apport personnel !! Vaste foutaise !
J’aime aussi voir ces jeunes futurs diplômés, toujours plus diplômés, qui vont sortir de l’école à 25 ans ou 26 ans, et qui ne verront même pas la couleur du CPE, parce qu’ils auront dépassé l’âge limite. Encore faut-il aussi qu'ils fassent des études apportant des débouchés. Ils sont de plus en plus nombreux en filière "psychologie", "sociologie", des secteurs qui ne sont pas connus pour créer des emplois. Un jeune s'est même présenté en recherche d'emploi, avec sa ... licence de théâtre...
Par contre, le petit jeune de banlieu, le sans-diplôme, qui doit travailler dès ses 18 ans, lui, le CPE, ça ne le gêne pas, bien au contraire. Partant du principe que ça ne peut pas être pire qu’aujourd’hui, il serait même plutôt pour. Rappelons que le pourcentage de chômage chez les moins de 26 ans est supérieur à 35%, contre un taux de chômage inférieur à 4% en 1972 pour la même tranche d’âge !
Je ris moins lorsque je vois ces jeunes faire à la France un cour de démocratie, en hurlant que le gouvernement doit céder parce qu’ils sont dans la rue. Parlons aussi de ceux qui ne le sont pas ! La loi a été votée par le parlement : ce n'est pas assez démocratique ?
En attendant, ces champions zélés de la démocratie bloquent les entrées des facs, et mettent en grand danger de nombreux étudiants désargentés qui ont pris des crédits pour payer leurs études. Ils sont forts nos jeunes démocrates boutonneux quand ils disent que le combat du CPE vaut bien une année scolaire sacrifiée, parce que « le CPE c’est pour la vie » (jusqu’à 26 ans, c’est vrai qu’à leurs âges, 26 ans, c’est encore le bout de la vie). Je suis sûr que ceux qui décrètent cette connerie ont papa et maman qui banquent… ! Dommage, les autres n’ont jamais la parole !

Les partis politiques
A côté d’eux, main dans la main, les responsables des partis politiques, la gauche en tête, et tous les autres, trop heureux d’avoir trouvé le poil à gratter du gouvernement. Pensent-ils que le CPE est mauvais, eux qui n’ont pas bougé pour le CNE ? Fabius, qui attaque le CPE en frontal, n'a-t-il pas dit que "Beaucoup de jeunes sont en désarroi total et on utilise cette détresse pour démolir leur droits. Ce n'est vraiment pas correct", lui qui a mis en place en 1984 les scandaleux TUC qui n’étaient qu’une exploitation de pauvres gens ?
Je ris. Heureusement, Martine Aubry est arrivée, comme zorro. Elle a annoncé fièrement pendant une conférence de presse la parade de la gauche face au CPE : le EVA. Tenez vous bien, l’EVA c’est le contrat d’Entrée dans la Vie Active. C’est une rémunération mensuelle (la France est riche) pour les jeunes qui font leurs études ou qui cherchent du boulot ou qui ne glandent rien, en échange de leur engagement à chercher du travail. Moi, je pensais que rechercher du boulot, c'était une évidence, et qu'il n'y avait pas besoin de s'y engager. Dans la france d'aujour'd'hui, apparemment, ce n'est pas vrai.
Bref, c’est un RMI jeune, qui avait la même condition (l’engagement de chercher du travail). Le RMI est très célèbre : il a même une réputation internationale ! On vient de partout pour le toucher. AUCUN journaliste n’a demandé : « si vous êtiez au gouvernement, comment feriez-vous pour financer cette réforme ? » . De la même façon que la gauche a financé la CMU (couverture sociale universelle, gratuite pour tous) : aucun financement n’était prévu ! Pour le payer, il faut donc endetter la France, ou mettre des taxes supplémentaires sur les entreprises, qui pourront moins embaucher, et qui quitteront la France, écoeurées. En grande bretagne, créer une entreprise prend quelques heures, contre plusieurs mois de tracasseries administratives en France. En France, on n’aime pas les entreprises et on le leur fait bien sentir, mais on veut du boulot. Cherchez l’erreur.
Ah, Martine Aubry, il ne faut pas en dire du mal, de Martine. On l’aime bien, nous les cadres. D’accord, on est plutôt à droite, et elle carrément à gauche (elle est même carrément à l’ouest dirons-nous), mais elle nous a donné, à nous les cadres, 4 semaines de congés supplémentaires avec les 35 heures, alors qu’on ne lui demandait rien. Notre salaire continue d’augmenter ; on en profite pour partir en vacances. Evidemment, pour les ouvriers, c’est moins sympa : ils ne peuvent plus faire d’heures supplémentaires pour augmenter leur salaire, et leurs salaires sont bloqués. Et comme ils n’ont pas d’argent, les loisirs, c’est long… Mais enfin, elle est toujours là, Martine… Même pas honte, et des français votent toujours pour elle. Comme quoi, les français ne comprennent vraiment rien.
La droite n'est pas en reste sur le plan du ridicule, comme quoi il n'y a pas un parti politique pour sauver l'autre. Pour sauver la face d'un premier ministre qui s'y est pris comme un manche, la loi est promulguée, mais ne sera jamais appliquée. Quel camouflet pour une loi ! Il aurait mieux valu l'abandonner, plutôt que de faire ce petit jeu de passe-passe pour faire plaisir à un premier ministre en difficulté.
Mais ce n'est pas tout. En pleine bataille droite contre gauche, voici que le clan du premier ministre déclare la guerre ouvertement au clan du ministre de l'intérieur. A la radio, ce mation du 4 avril 2006, en pleine journée de mobilisation anti CPE, les amis du premier ministre menacent de créer leur propre parti politique, contre l'UMP ! Pour nous, simples citoyens, c'est incompréhensible. On pouvait penser qu'ils étaient unis pour travailler ensemble à la résolution de ce grave conflit. Hé bien non... Mais dieu qu'ils sont bêtes.
Réglons la question une fois pour toute, et votez pour moi aux prochaines élections !
Les journalistes
Je ne regarde plus les infos à la télé. Ecoeurement… Ca ne passe plus… Les journalistes de la télévision font l’actualité : ils ne la présentent pas. Gloire et honneur aux braves étudiants qui manifestent. Avez-vous vu beaucoup d’étudiants non grévistes ? Ils ne sont pas assez télévisuels…
C’est comme pendant les grèves de la SNCF. Je prends le train tous les jours, et croyez moi, le jour de grève, je déconseille à un contrôleur SNCF de passer dans les trains dégorgeant de voyageurs. Je pense qu’il se ferait écorcher vif ! Hé bien malgré cela, le soir, à la télé, on voit de braves journalistes interroger des voyageurs qui comprennent tout à fait les grévistes. Ils sourient et disent : « on prend notre mal en patience ». Mais d’où ils les sortent ceux-là ? Je n’en ai jamais vu !!!
Les journalistes sont pleinement responsables de la situation. A part quelques uns qui font des émissions à contre-courant, en posant les questions qui fâchent, la plupart prend faite et cause pour la masse populaire, de peur de sabrer les audiences de la chaîne, tout simplement. Pourtant, quand je vois un journaliste interviewer un homme politique, de droite comme de gauche, je hurle sur la télé : « demande lui ça, et ça, mais vas-y bon sang ! ». Rien.
La dette de la France
Quand on voit ce qui se passe pour un simple CPE, on a peur de ce qui se passera lorsque des réformes profondes seront annoncées, si elles le sont un jour.
Car la France est au bord de la banqueroute, le saviez-vous ?? La France est endettée à plus de 65%, un chiffre colossal. Rembourser uniquement les intérêts de la dette, c’est engloutir chaque année l’équivalent du budget de l’éducation national, un poids lourd sur le budget de l’état. Si rien n’est fait, l’endettement sera de 130% en 2020 (dans moins de 14 ans !!), 200% en 2030, … je ne vais pas plus loin car si nous atteignons ces chiffres, la France sera en cessation de paiement, comme l’a été l’argentine (souvenez vous, les banques en faillite, etc).
Mais ce qui est amusant, c’est que PERSONNE ne parle de cette situation alarmante, personne ! La gauche n’en parle pas : ils savent bien que les 35 heures (entre autres bonnes idées) y sont pour beaucoup. La droite n’en parle pas plus, parce qu’ils n’ont pas fait grand-chose pour réduire cette dette en près de 10 ans de pouvoir. Les syndicats n’en parlent pas : ils passeraient pour des fous de demander toujours plus malgré cette situation. Les français n’en parlent pas : ils s’en foutent. Eux, tant qu’il y a du foot et la Star’ ac, tout va bien.
La situation est ubuesque, incroyable. Les seuls fonctionnaires représentent la moitié du budget de l’état, la moitié !! Dans la fonction publique, il n’y a pas moins de SEPT centrales de syndicat. Tout est verrouillé, cadenacé.
Un fonctionnaire, c’est impossible à virer, au grand damne des fonctionnaires compétents qui bossent bien et qui bossent dur, justement pour faire le boulot des autres. Une amie cadre dans le public me racontait un jour qu’un syndicaliste était allé la voir pour lui dire de faire grève pour « plus d’effectifs ». Ce à quoi elle avait répondu : « je veux pas plus d’effectifs, je veux des mecs qui bossent ! Dans mon équipe de 4 personnes, j’ai un alcoolo et un paresseux qui arrive à 11h00 et qui repart à 15h30 ! Virez les et vous verrez qu’on va gagner en performance ! ».
Une amie enseignante, jeune prof passionnée et enthousiaste est sans poste actuellement. D’elle-même, elle a demandé à faire du soutien scolaire ; elle aurait pu rester chez elle. Actuellement, elle remplace une prof qui est absente la moitié de l’année. Cette prof alcoolique, dépressive, enchaîne les arrêts de maladie en prenant soin de ne pas prendre plus de 15 jours d’affilée pour éviter que son poste ne soit donné à quelqu’un d’autre. Ca dure depuis plusieurs années et ça déprime les jeunes profs qui ne sont pas là ni pour les vacances ni pour la sécurité de l'emploi, mais bien parce que l'enseignement est leur passion.
Les fonctionnaires ne sont pas payés en fonction de leur performance. Le gouvernement a voulu donner des primes d’efficacité, et cela avait déclenché un tollé général chez les syndicats. Qu’un fonctionnaire bosse dur, ou qu’il ne bosse pas, il sera finalement payé à peu près pareil. Un chercheur du CNRS a un jour remercié son chef de lui avoir mis comme appréciation « Qualités exceptionnelles ». Gêné, le chef de service lui expliqua avec ménagement, qu’à cause des syndicats, il mettait cette appréciation à tous les membres de son équipe, quelles que soient leurs performances.
Si on met en place ce système pour les millions de fonctionnaires en trouvant que c'est une bonne chose, pourquoi ne pas le mettre en place dans les écoles ? Imaginez une école qui fonctionnerait sur ce principe. Dites aux élèves : "Les enfants, à partir de maintenant, quoi que vous fassiez, vous aurez tous la même note. Il n'y aura plus aucune sanction, mais que des récompenses. Et d'ailleurs, vous aurez toute la même, au même moment, quoi que vous ayez fait. Ce sera plus juste pour tout le monde !". Juste pour qui ? Seuls les mauvais élèves seront ravis. Les autres, ceux qui voulaient travailler n'auront plus aucun intérêt à le faire.
Les fonctionnaires ne peuvent pas être licenciés, même s’ils sont mauvais, même s’ils sont minables, comme mon prof de maths en 6ieme (dieu ait son âme, il s’est noyé dans son alcool) qui venait ivre mort à tous les « cours ». Comment un pays peut-il continuer à exister dans le 21ieme siècle, dans le siècle de la mondialisation et de la performance, en gardant ce système archaïque ? Plus inquiétant: un sondage montre que la majorité des jeunes étudiants ne rêvent que d’une chose : devenir fonctionnaire. Dans quel but ? Servir le pays ?

Savez-vous de quand date cet incroyable statut du fonctionnaire intouchable ? Ca date de 1946 : le statut a été instauré par Maurice Thorez, un ministre… communiste !! Il a été copié sur le glorieux et prestigieux système soviétique. Un bien bel exemple. De la même façon, la structure de l’éducation nationale a été organisée à la même époque par un autre ministre communiste, en prenant exemple (et quel bel exemple ma foi) sur le « politburo », l’organe d’administration de l’union soviétique, avec une administration centrale. L’éducation nationale est aujourd’hui réputée mondialement pour être la dernière grande entreprise soviétique du monde. Un honneur français… C’est surtout une organisation noyautée par les syndicats qui vous donnent votre note d’inspection avant même votre hiérarchie. Ou encore, comme cela a été dit à notre amie : « si tu veux un poste, il faut te syndiquer ».
On sème des impôts et on récolte des fonctionnaires. En comptant tous les fonctionnaires en France, ils représentent plus de 25% de la population active, sans compter les postes protégés de la SNCF, de l’EDF, de la RATP. En France, il y a 10 fonctionnaires pour 100 habitants contre une moyenne de 6 en Europe. Presque deux fois plus ! Pour réduire le taux de chômage, pour faire quelques cadeaux électoraux, en 2002, dernière année Jospinienne, 17 000 fonctionnaires ont été engagés. De 1982 à 2003, 956 000 fonctionnaires supplémentaires ont été recrutés, essentiellement par la gauche. Et le ridicule ne tue pas : en 20 ans, les effectifs du ministère de l’agriculture ont augmenté de 8% alors que le nombre d’exploitants a diminué d’un tiers.
La précarité
Et toutes les autres personnes victimes de la précarité, à plus de 30 ans, à plus de 40 ans, que doivent-elles penser de tout ce remue ménage ? Est-ce que les jeunes révoltés du CPE pensent vraiment que la précarité viendra avec le CPE ? Elle est déjà là, la précarité, avec des entreprises qui embauchent pour des contrats d’une demi journée, qui font venir des hommes et des femmes dans leurs entreprises pour leur dire que, finalement, non, ils n’ont pas besoin d’eux aujourd’hui et qu’ils peuvent repartir chez eux. Ces gens-là, on ne les entend pas. Pourtant, ce ne sont pas des CPE : ils ont des contrats tout à fait classiques.
Cette précarité, on en parle et on la combat sans jamais essayer de comprendre d’où elle vient. Vient-elle de la mondialisation ? Cette mondialisation que tout le monde conspue en France ! Plutôt que de surfer sur cette mondialisation, et d’en faire de la richesse, les français préfèrent la combattre, comme d’autres, au début du 20ieme siècle voulait combattre la marche de l’industrialisation. Une ineptie, un suicide économique, une folie !
Les français haïssent la mondialisation, mais ils se ruent comme des moutons dans les magasins discount. Ils vident les rayons des produits importés en masse de Chine, préférant bien entendu payer 1,25 € cette multiprise électrique made in china, plutôt que 9 € le même article made in France. Et ils sont fiers de leur bonne affaire en plus !!! De son côté, l’ouvrier de l’usine française de production des prises électriques va pointer au chômage : son usine a été délocalisée en chine.
Ces bons français encore, qui vont aller aussi râler dans les super marchés, et dans les magasins pour toujours payer moins cher. Celui qui paie le « prix couillon », c’est justement, un couillon. A force, les prix baissent, mais jusqu’au baisseront-ils ? Et l’on s’étonne que les salaires soient tirés vers le bas. On attaque les actionnaires des grandes entreprises du CAC40, en les accusant de toujours en vouloir plus, alors que ceux-là même qui accusent ont leurs économies sur des assurances-vie indexées sur le cours de la bourse !
Et il y a la protection des salariés. Comme il y a la protection des locataires. Si vous louez une maison et que vous avez le malheur de tomber sur un mauvais payeur, alors là, vous êtes dans de beaux draps. La loi est contre le propriétaire : elle est pour le mauvais payeur. On voit alors des situations incroyables, comme cette famille qui a acheté une petite maison à crédit, qu’elle rembourse avec le loyer qu’elle touche. C’est un simple placement. Le locataire ayant décidé de ne plus payer, la faillite les guette, et mettre le locataire dehors, c’est plus de 3 ans de procédure ! Ils sont tellement protégés, les locataires, que plus personne ne veut louer. Ou alors, en demandant des garantis tellement importantes que beaucoup de gens terminent aujourd’hui au camping.
Et contre qui râle-t-on ? Est-ce contre cette protection qui nécessite des garanties, cette protection injuste qui protège si peu d’honnête gens par rapport aux mauvais payeur qui décident de ne plus payer, juste parce que la télé plasma vient d’entrer dans le salon ? Non, contre le vilain épargnant qui a osé – quelle honte – réclamer le fruit de son travail. La France marche sur la tête.
En matière d’emploi, c’est la même dérive. A force d’être surprotégé, le salarié en paie les frais. Les employeurs sont méfiants, demandent des garanties. Ils hésitent à embaucher, car ils savent qu’une fois le contrat signé et la période d’essai terminée, ils sont bloqués. Les syndicats se battent pour que cette protection perdure, en mettant en avant les risques de précarité, alors que cette précarité existe déjà aujourd’hui pour une foule de personnes.
Le royaume uni montre l’exemple avec sa flexibilité de l’emploi. Peu de protection, à la fois pour les salariés et les locataires. Par contre, il est facile de trouver un emploi parce que les employeurs ne se sentent pas pris en otage. Et les salariés trouvent facilement des logements, sans présenter nécessairement de fortes garanties. Le système marche tellement bien que les jeunes français sont de plus en plus nombreux à traverser la manche pour fuir la France et ses contraintes. Vu de Londres, le CPE fait rire !
L'exemple Canadien
Pour finir, et après je pars me coucher, promis, parlons de l’exemple Canadien. Dans les années 90, le Canada était dans une mauvaise passe. Le pays était même considéré par les spécialistes de l’économie comme en situation de banqueroute : 10% de chômage, 70% d’endettement… Bref, la situation française actuelle.
Le gouvernement qui était aux affaires en 1998 a décidé de redresser la situation. Pour cela, comme l’ont fait le Royaume uni, la Suède, la nouvelle Zélande, le Canada a taillé dans le vif.
Les dépenses ministérielles ont été réduites au maximum : les projets inutiles et dépensiers ont été supprimés, et toute dépense doit être justifiée, jusqu’aux notes de frais qui sont affichées sur le net ! Des pans entiers du service public ont été privatisés, le nombre des fonctionnaires a été réduit de manière drastique. Les aides aux entreprises ont été augmentées (plutôt que de les enfoncer comme on le fait en France). Bref, au bout de seulement trois années, le bilan est redevenu positif, mais au prix de quels efforts de la part de tout le monde ! Aujourd’hui, c’est l’opposition qui est au pouvoir, et elle se garde bien de toucher à quoi que ce soit !
Aujourd’hui, la dette colossale du Canada est effacée. Le pays est montré en exemple dans le monde entier. On pourrait se dire : que sont devenus ces fonctionnaires licenciés ? Et bien ils travaillent, comme tout le monde : le taux de chômage est inférieur à 3%. Aujourd’hui, un chômeur longue durée au Canada, c’est une personne sans travail depuis plus de 3 mois.
La situation est-elle reproductible en France ? Les manifestations anti CPE montrent manifestement que non. Les syndicats verrouillent le pays. Les combats des partis empêchent toute réforme même si elle peut s’avérer payante.
Le mot de la fin revient à cet expert canadien à qui le journaliste français posait cette question : « d’après vous, est-ce que les français dorment ? ». Ce à quoi l’expert a répondu : « Non, ils ne dorment pas : ils rêvent ».
mercredi, mars 01, 2006
La curiosité, un dangereux défaut
Il y a cette curiosité intellectuelle qui permet de faire de fabuleuses découvertes scientifiques, et il y a aussi cette curiosité maladive et bien souvent déplacée qui pousse les hommes à s'intéresser un trop près à des choses qui ne les concernent pas.
Tout le monde a vécu un jour ou l'autre l'expérience d'un bouchon sur autoroute qui s'avère être en fait un monstrueux ralentissement causé par un accident sur l'autre voie. Soucieux de ne pas perdre une miette du spectacle, tous les conducteurs ralentissent, juste pour voir les dégâts, et plus peut-être s'ils ont de la chance : du sang et des blessés.
J'ai assisté un jour à un spectacle affligeant dans la rue où habitent mes parents. Le feu s'était déclaré dans le grenier de la maison d'en face. Impuissante face au drame qui la frappait, la propriétaire était sur le trottoir, hystérique devant sa maison en flamme. Toutes les voitures qui passaient dans la rue à ce moment là ont ralenti pour mieux voir, sans penser une seule seconde qu'ils pouvaient bloquer l'arrivée des pompiers. Le pompon revient à ce chauffeur de bus qui a carrément stoppé son véhicule en face de la maison : tout le bus penchait dangereusement sur le côté droit ; tous les passagers s'étaient agglutinés côté feu, pour ne pas perdre une miette du spectacle !
Un autre jour, alors que je me rendais à Laon, chez mes beaux parents, je fus bloqué à l'entrée de la ville. Deux voitures étaient accidentées. C'était grave : choc frontal sur une route à 90 km/h. Toutes les voitures qui passaient (une vingtaine) s'étaient arrêtées sur la route et bloquaient la circulation. Non pas que les voitures accidentées bloquaient le passage (elles étaient sur le bas côté), mais parce que les conducteurs étaient tous descendus voir les couples qui gisaient inanimés dans les habitacles. Je me suis renseigné : les secours étaient avertis et étaient en route. J'ai donc demandé aux curieux qui bloquaient la route de bouger leurs voitures. Je n'avais aucune envie, contrairement à eux, d'assister à la désincarcération des corps. Et bien certains l'ont très mal pris et ont obtempéré en râlant.
Vous vous demandez certainement pourquoi je vous parle de tout ça !
Et bien figurez-vous que je viens de lire un article très intéressant concernant la propagation de la grippe aviaire. Les autorités s'arrachent les cheveux pour faire respecter des cordons sanitaires autour des principaux foyers infectieux identifiés à ce jour.
A l'origine de leurs problèmes, cette sale curiosité qui pousse des individus à inventer une nouvelle forme de tourisme : le tourisme viral !
Extrait d’un article AFP : Les mesures d'urgence (zones de protection de 3 km et zones de surveillance de 10 km) avaient été prises dès la suspicion pour être ensuite renforcées, avec notamment l'élargissement des zones de protection à 160 communes. Pour le ministère, il n'est donc pas "nécessaire" de "renforcer encore" ces mesures. Il a cependant lancé une mise en garde, estimant que la curiosité amène depuis quinze jours dans la zone de l'Ain des personnes qui se déplacent sans précaution, avec le risque de dissémination du virus.
Il existe donc en France des individus assez bêtes pour aller se promener intentionnellement dans les zones que l’on sait infectées, au risque de ramener le virus à la maison. Qu'est ce qui peut les motiver ? Certainement l’espoir de toucher du doigt l’actualité, de voir quelques bêtes mourantes, ou d’avoir la joie et le privilège d’appeler les pompiers si d’aventure leurs bottes croisaient le chemin d’un cadavre à plumes. Ces gens là sont certainement des fumeurs.
Je finirai par cette citation de mon collègue à qui je faisais part de mon étonnement, et qui m’a répondu : « Tu, sais, si la pandémie se déclenchait, je crois que la connerie ferait encore plus de mort que le virus ». J'ai peur qu'il ait raison.
samedi, février 25, 2006
Des poulets accusés de meurtre
Sans le savoir, les oiseaux en général, et les poules françaises en particulier s'apprêtent à inscrire un chapitre sombre dans le livre de leur Histoire. Il y a comme une odeur de génocide dans l'air.
Le virus de la grippe aviaire arrive sur le sol français. Et comme pour tous les évènements d'actualité qui touchent la communauté humaine, les réactions de nos concitoyens sont passionnantes à décrypter.
Il y a les hypers stressés qui se sont rués dans les pharmacies il y a déjà plusieurs mois pour acheter par dizaine le fameux tamiflu qui, lui seul, est capable de bloquer la diffusion du virus dans l'organisme. Certaines pharmacies ont vendu en quelques semaines plus de boîtes qu'en plusieurs années. Seulement, pour faire cela, il ne fallait pas avoir honte d'afficher son manque de civisme, en s'appropriant pour soi des quantités importantes de médicament (certains ont acheté des dizaines de boîtes) au détriment des vrais malades. Car, faut-il le rappeler, ce médicament ne doit se prendre que lorsque la maladie est déclarée pour en bloquer l'évolution. D'ailleurs, c'est amusant de réaliser que ceux qui en absorbent régulièrement "au cas où" seront les premiers à rendre l'âme : le tamiflu n'aura plus sur eux aucun effet.
Il y a aussi les supers optimistes, courageux et téméraires. Ceux là s'amusent des consignes de sécurité données par les autorités. "Même pas peur" semblait vouloir dire ce parisien interrogé par des journalistes, qui expliquait avec le sourire qu’il continuera quoi qu'il arrive à venir flâner au milieu des pigeons. Un grand enfant, un vrai rebelle ! Seulement voilà, les consignes ne sont pas données que pour préserver notre petite santé individuelle. Que cet homme attrape cette fameuse grippe en approchant les oiseaux infectés, c’est son affaire. Par contre, si un humain atteint de la grippe humaine "classique" (sans le savoir, car en période d'incubation), rencontre sur sa route le virus de la grippe aviaire, c'est un risque de mutation du virus mortel en une grippe humaine. Autrement dit, en exagérant un peu, cet imbécile qui, aujourd'hui, se vante de braver toutes les consignes de sécurité est potentiellement un criminel contre l'humanité en puissance.
Et puis il y a les pragmatiques, ceux qui attendent de voir.
Mais les nouvelles ne se pas bonnes. Pour le moment, il faut avouer que le scénario catastrophe annoncé depuis plusieurs années (je m’y intéresse depuis le début) se déroule exactement comme annoncé, et ça donne des frissons. Une à une, nous franchissons toutes les étapes qui nous rapprochent de la pandémie.
Statistiquement, il y a une grave pandémie mondiale mortelle tous les siècles. La dernière pandémie mondiale, c'était en 1918. Cette année là, la Mort avait fait fort, la coquine. Elle s'était équipée d’une faux « Gillette double lames » : la première lame coupait les vies sur les champs de bataille, la seconde fauchait les survivants dans leur lit, après l'armistice. Et ils ont été nombreux, ces malheureux poilus qui étaient passés au travers des balles, pour finalement succomber à la maladie. Epargnés par les obus mais terrassés par un virus : la vie est tout de même cruelle.
Cette grippe que l'on a appelée "espagnole" était avant tout une grippe aviaire, qui serait passée du canard au porc, puis du porc à l’homme. Heureusement pour nos grands parents, la mortalité de cette maladie était plutôt faible (moins de 2%) à comparer à une grippe classique (taux de mortalité de 0,05%). Par contre, dans sa forme actuelle, la nouvelle grippe aviaire n’est pas une rigolote. Dans sa forme actuelle, elle affiche fièrement un taux de mortalité de 50% !
En 1918, on estime qu’il y aura eu environ 50% des humains affectés, soit un milliard d’individus. La grippe « espagnole » aurait fait au final 480 000 victimes en France et 20 à 40 millions dans le monde, soit plus de morts que la guerre elle-même.
Faut-il trembler ou pas? L'avenir nous leur dira. Mais dès à présent, la panique commence déjà à se faire sentir. Alors que la mutation n’est pas encore annoncée, et que la maladie reste encore à l’état d’épizootie (transmission des animaux aux animaux), les français commencent à bouder la volaille : - 25% d’achat de poulets en moins en quelques jours, depuis l’annonce de l’arrivée du virus sur la France. En Italie, c’est pire, avec une baisse de 70% des ventes de volaille !
Les français tremblent devant cette cuisse de poulet qu’ils pensent pouvoir les infecter, même s’il est prouvé qu’une cuisson normale détruit irrémédiablement ce fameux virus. Autrement dit, les chances d’attraper cette grippe via l’alimentation sont quasi nulles, sauf pour ceux qui dévorent les poulets crus, avec les plumes et la fiente !!! Les journalistes et les pouvoirs publics répètent inlassablement les mêmes messages pour les rassurer, mais rien n’y fait : la peur prime sur le reste.
Mais pourquoi les français tremblent-ils devant ce virus qui n’a (pour le moment) tué « que » 130 personnes dans le monde et qui reste faiblement contagieuse pour l’homme, alors qu’ils continuent à conduire leur auto (5000 tués en 2005, plus de 100 000 blessés), et surtout, qu’ils continuent à fumer ?
En France, 35% des français sont des fumeurs réguliers. Sur une population de 60 millions d’habitants, cela fait environ plus de 21 millions de personnes qui consomment régulièrement du tabac. Durant le 20ieme siècle, le tabac a causé 100 millions de morts dans le monde entier et ce nombre risque de s’élever à 1 milliard de morts pour le 21 ieme siècle si la consommation ne baisse pas. En France, le tabagisme est la première cause de mortalité évitable, avec environ 66 000 décès chaque année. En moyenne, un fumeur régulier sur deux meurt prématurément des causes de son tabagisme, et la moitié de ces décès se situe entre 35 et 69 ans.
Résumons, car ce constat est difficile à croire :
- 50% des consommateurs de cigarettes décéderont à coup sûr à cause de cette consommation, et il y a 66 000 morts en France par an : mais les fumeurs continuent de fumer.
- 0,001% des consommateurs de poulet décéderont (la probabilité étant quasiment nulle si le poulet est cuit, j’inclus ici ceux qui s’étrangle avec un os) et la maladie n’a pour le moment fait que 130 morts en 5 ans, sur le monde entier : mais les consommateurs arrêtent de manger du poulet.
Comment expliquer ce phénomène incroyable, comment expliquer cet étrange paradoxe ? J’ai bien une théorie, que je me propose ici de vous exposer…
L’homme, par définition, a peur de ce qu’il ne contrôle pas. Les virus font partie des choses incontrôlables, comme la radioactivité des centrales nucléaires et les ondes des antennes relais de téléphone. Ils ont peur des produits alimentaires contaminés dans les usines, mais n’ont pas peur de laisser leurs aliments dans leur réfrigérateur réglé à 10 degrés, sans jamais le nettoyer, en laissant y pourrir des briques de lait ouverts depuis six mois. Ils craignent les effets des ondes des relais téléphoniques parce qu’ils ne les voient pas, mais n’ont pas peur de ne pas aérer leur appartement, de baigner dans une atmosphère saturée d’insecticide et de spray déodorisant. Les hommes ont peur des virus, mais pas de conduire leurs voitures comme des fous furieux, à moitié ivre, parce que lorsqu’ils tiennent le volant, ils pensent maîtriser leur destin. Ils ont peur de manger du poulet, mais n’ont pas peur de fumer cette cigarette alors qu’ils savent, au fond d’eux, qu’ils ont une chance sur deux d’en mourir à plus ou moins long terme.
Les terroristes surfent sur ces peurs avec brio. En laissant planer le risque d’une explosion n’importe où, n’importe quand, ils exploitent tout simplement cette faille humaine. Du grand art.
Pour conclure, après avoir mûrement réfléchi à ce syndrome, je me suis mis à rechercher une solution pour faire retomber la peur de la grippe aviaire. Et je suis fier de vous annoncer que j’ai trouvé une idée innovante et révolutionnaire, que je m’apprête à déposer dans la « boîte à idées » du gouvernement.
L’idée est simple : elle s’appuie sur le succès du tabac. Je propose de fabriquer des « sucettes à la grippe aviaire » et de les vendre aux consommateurs à un prix proche de celui du tabac. Les consommateurs, en les dégustant, auront 50% de chance d’y laisser leur peau, la même chance qu’avec le tabac, mais sur un délai plus rapide (ça devrait donc avoir plus de succès, un peu comme les loteries instantannées qui plaisent beaucoup aux français). Grâce à cette sucette, on gagne sur les deux tableaux : on donne aux hommes la possibilité de maîtriser leur destin et donc on les rassure, et surtout, on remplit les caisses de l’état.
Ca vous paraît absurde ? Vous pensez que le gouvernement interdirait ce projet ? Ce n’est pourtant, à peu de choses près, que le modèle économique du tabac. Et ça marche.

Photo transmise par une lectrice assidue, en région Lilloise. Commentaire associé par cette lectrice : "JA, c'est Jeunes Agriculteurs. Les vieux ils s'en foutent alors ??"
samedi, février 18, 2006
Planète terre ; tous coupables !
Ce parasite, c'est vous !
Vous ne le savez peut-être pas encore, mais votre pire cauchemar est peut-être en train de se réaliser. Après 200 ans d'ère industrielle, après une multiplication par 6 du nombre d'humains sur terre dans ce même lapse de temps, et après une multiplication de nos rejets de CO2 dans l'atmosphère en moins de 50 ans, le grand bouleversement est en train de se produire, discrètement, doucement mais sûrement.
Après avoir sonné le tocsin pendant des années sur les méfaits pour notre bonne planète de notre consommation à outrance, les scientifiques qui avaient jusqu'ici élaboré des scénarii catastrophes dignes des films de Hollywood se rendent compte... qu'aussi terribles pouvaient-ils être, ces scenarii sont certainement bien loin de la réalité.
Car les scientifiques ont fait des progrès énormes en la matière et ils ont découvert un élément qui leur avait échappé : l'emballement.
Comment vous expliquer ça sans vous faire trop peur ?
Pour compenser l'augmentation de nos rejets en CO2 sur nos arbres, les scientifiques comptaient sur nos bons vieux arbres qui, comme chacun sait, transforment le CO2 en oxygène par photosynthèse. Oui, mais ils viennent de se rendre compte qu'à cause de l'augmentation des températures, les arbres nous trahissent, et que, comme pendant la canicule 2003, ils produisent eux mêmes du CO2, sans parler des émissions de CO2 dues aux feux de forêt !
Ils n'avaient pas pensé non plus au permafrost, ces sols gelés dans les zones froides, qui, en dégelant, commencent à « dégazer » d’énormes quantités de carbone. Idem pour les tourbières, ces sols constitués d’un empilement de matière organique qui, sous l’effet de la chaleur dégagent elles aussi du gaz à effet de serre. Idem, encore, pour les stocks d’hydrates de méthane naturelles dans les sols… Si rien n’est fait, ce flot de carbone dans l’atmosphère aura doublé d’ici cinquante ans.
courbe des températures moyennes depuis 1880
Du coup, ce chamboulement climatique qui devait se faire sur des centaines d'années pourrait bien se produire beaucoup plus rapidement avec des conséquences encore mal connus sur le climat en général, sur les espèces vivantes en particulier et sur notre survie tout court.
On en parle finalement peu dans les média. Les voix qu’entend Sidane, les buts qu'il marque, et les chanteurs de la star académie intéressent beaucoup plus le grand public.
Pourtant, le train est en marche. Les conséquences sont déjà visibles au pôle, dont les banquises fondent comme neige au soleil. Les inuits paient au prix fort l'industrialisation effrénée de ces pays riches qu'ils n'auront jamais la possibilité de visiter. On en parle peu (tout le monde s'en fout, pour être exact) mais certains villages sont déjà évacués. Les habitants de quelques îles paradisiaques pourront aussi vous en parler, eux qui cherchent déjà où ils vont bien pouvoir aller puisque le niveau de la mer monte inexorablement. D'ici quelques dizaines d'années - peut-être plus vite encore, ces îles (commes les seychelles par exemple) seront un beau souvenir sur des cartes postales.
Témoin cet article de l’AFP trouvé la veille de mettre en ligne cet article. Des articles de la sorte, qui indiquent à quel point les scénarii pessimistes sont en dessous de la réalité s’accumulent :
SAINT-LOUIS, Missouri (AP) - Les glaciers du sud du Groenland rejettent de plus en plus de glace dans l'océan. Non seulement ils fondent mais ils glissent aussi plus vite vers l'océan. Soumis au réchauffement du climat, les glaciers du sud du Groenland rejettent de plus en plus de glace dans l'Atlantique, contribuant ainsi davantage à l'élévation du niveau de la mer qu'on ne le pensait jusqu'ici, affirment des chercheurs américains. En raison de l'accélération de leur progression vers l'océan et d'une fonte accrue, ces glaciers pourraient désormais représenter près de 17% de la hausse annuelle du niveau de la mer, selon Eric Rignot, du Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena. Un chiffre deux fois plus élevé que les précédentes estimations. L'étude a été présentée jeudi à la conférence annuelle de l'Association américaine pour l'avancement de la science (AAAS) et paraît vendredi dans la revue "Science". La hausse de la température de l'air semble être la cause de l'accélération de la marche de ces glaciers, qui avancent de 13 à 15 kilomètres par an pour les plus rapides et rejettent une quantité croissante de glace dans l'Atlantique.Le seul moyen d'endiguer cette perte de glace serait que le Groenland reçoivent davantage de chutes de neige, selon Julian Dowdeswell, de l'université de Cambridge. […]
Les gouvernements commencent à se réveiller et à sonner l'alarme. Un peu tard. Les scientifiques, eux, sont catastrophés. Tous ? Non, car un petit groupe échappe encore et toujours à la panique. Ce sont quelques scientifiques proches du gouvernement Busch qui rassurent le bon peuple, tant qu'ils peuvent, en expliquant que ce que nous vivons n'est qu'un épisode naturel. Et c'est vrai, la terre a connu de nombreux changements climatiques. Mais ils s'opèrent sur des milliers d'années, jamais sur des périodes si courtes et avec des symptômes si graves.
C'est que le gouvernement Busch a d'autres chats à fouetter. Il y a d'abord l'Irak qui coûte une fortune au pays (mais l'argent n'est perdu pour tout le monde, ouf). Il y a aussi les lobbies pétroliers à satisfaire, avec Exxon en tête. Il y a aussi ses concitoyens, qui à eux seuls sont responsables de 25% de la pollution mondiale, et qui verraient d'un sale œil qu'on leur demande de baisser la clim. Alors face à tout ça, les accords internationaux pour essayer de limiter les dégats sont peu de chose : les américains refusent toujours de signer ceux dits "de kyoto" pour la limitation du rejet de gaz à effet de serre. Un scandale.
Le gouvernement américain montre pourtant qu’il s’intéresse à la question, mais de la plus mauvaise manière qu’il soit. A la demande du sénateur James Inhofe (républicain connu pour ses positions ultra-conservatrices, du camp de Bush), un homme est intervenu devant le Sénat américain le 28 septembre 2005 pour expliquer aux sénateurs que le réchauffement global était un vaste canular monté par les écologiques du monde entier. Comme preuve, il avance son livre « Etat d’Urgence » qu’il a écrit, et qui prouve, selon lui, cette manigance. Seul hic, le livre en question est un roman, et l’auteur, Michael Crichton, n’a rien d’un scientifique reconnu dans le milieu de la climatologie. C’est en fait un écrivain à succès de science fiction, auteur de « La Firme », « Harcèlement », « Jurassic Park », et la série « Urgence ». Une référence, en effet. Les politiques américains auraient-ils perdu la tête ?
On pourrait être inquiet pour eux et se dire qu'ils doivent être rongés par les remords, mais tout va bien : une étude montre que très peu d'américains est conscient du problème, pour cause de désinformation. J'ai même vu à la télé une américaine qui, interrogée dans la rue, a répondu, quand on lui a demandé si l'état de la planète l'inquiétait : "Non, car je sais que Dieu nous protège."
Et elle a bien raison cette brave dame. Au point où nous en sommes, vu l'inertie des peuples et de leurs gouvernements, il n'y a guère plus que Dieu sur qui nous pouvons compter. Espérons simplement qu'il existe et qu'il ne se comportera pas en bon propriétaire qui constate que ses locataires ont tout cassé dans sa maison : il pourrait se fâcher et nous jeter dehors à grands coups de pieds dans le derrière.
Reste aussi et surtout à le prier d'être celui qu'on dit, et que dans sa grande bonté de nous pardonner nos égarements environnementaux. Peut être ajoutera-t-il en conclusion : "Je leur pardonne, car ils ne savent pas ce qu'ils font".
mercredi, février 15, 2006
Un juge à l’échafaud
Je ne sais pas si vous avez regardé un peu les images du juge Burgaud lorsqu’il s’est expliqué pendant la commission d’enquête parlementaire. En ce qui me concerne, je me suis contenté de quelques images aux infos de 20 heures et ça m’a suffi. Pourtant, il paraît que beaucoup de français ont consacré une journée de JRTT pour assister au spectacle.
L’affaire d’Outreau a été une catastrophe depuis le début jusqu’à la fin, et on le voit aujourd’hui, même après la fin. Que le juge ait commis de graves et inadmissibles erreurs qui ont conduit des innocents en prison, en pulvérisant leurs vies au passage, ça ne fait aucun doute, ni aux français justiciables, ni même aux autres magistrats. Qu’il ait manqué d’expérience et qu’il ait pris la grosse tête, ça me paraît certain. Qu’il n’ait pas non plus été conseillé, c’est évident. Qu’il se soit laissé prendre dans l’emballement médiatique orchestré par nos bons journalistes, ça ne fait non plus aucun doute. Bref, Outreau, c’est l’exemple parfait d’une catastrophe qui ne peut survenir qu’avec la concordance de multiples négligences de part et d’autres, depuis le juge jusqu’aux médias.
Mais aujourd’hui, après ces images, je comprends mieux pourquoi il est interdit de diffuser à la télé une affaire jugée au tribunal. Je comprends pourquoi il n’y a pas de photos prises pendant un jugement. Je comprends qu’il s’agit ici de ne pas humilier un homme, qui, jusqu’à la fin de son jugement, est présumé innocent, même s’il s’avère coupable à la toute fin. Il s’agit de ne pas jeter en pâture un homme ou une femme qui a commis, ou plutôt qui est soupçonné d’avoir un commis un acte délictueux.
Sous couvert d'une commission d'enquête publique, ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé ici.
L’affaire « Outreau » est gravissime pour ceux qu’on appelle désormais « les acquittés d’Outreau » : leur vie a volé en éclat, quelque fois pour des raisons si futiles que ça en donne la chaire de poule. Sur la quasi totalité de l'affaire, Burgaud n'a aucune excuse ; cet article ne le défend donc en rien. Mais tout de même, je me suis senti hyper mal devant cet homme qui porte, certes, une énorme part de responsabilité dans ce drame, mais qui est déjà à genoux, et qui se fait engueuler comme un gosse par un parlementaire devant des millions de spectateurs. J'ai trouvé ça indécent. Est-il conscient d’avoir fait des erreurs ? Je pense que c’est évident, même s’il ne le dit pas clairement (une autre erreur). Il aurait été plus sûr de lui dans le cas contraire ! Mais de là à l’achever en direct. Surtout qu’il n’est pas le seul coupable, même si les médias concentrent sur lui l'intégralité de la faute, … pour détourner le regard de leur propre responsabilité peut-être ?
Ah ! Les médias, mes amis les médias, nos aides-à-bien-penser ! Cette affaire est du pain béni pour eux, un vrai feuilleton à épisodes, une garantie de gains à court, moyen et long terme. Ces médias, qui nous jouent aujourd’hui les justiciers vengeurs… Les mêmes qui ont condamné sans attendre l’ensemble de ceux qu’on appelle aujourd’hui les « acquités d’Outreau ». A l’époque, la présomption d’innocence, les journalistes s’en foutaient royalement. Les « présumés innocents » étaient forcément coupables, et certainement qu’inconsciemment, le jeune juge a agi ainsi en partie pour ne pas briser cette logique (peut-être avec l’encouragement des autorités qui voyaient d’un bon oeil la progression de l’affaire).
On ne peut s’empêcher de se rappeler avec quel entrain les journalistes ont parlé des « notables » de la ville qui participaient soit-disant aux viols des enfants. Parler de « notables » ça fait vendre, parce que pour le bon peuple, savoir que des gens de « la haute » martyrisent des petites gens, ça fait monter la pression sociale, et donc augmenter le tirage du journal (un vieux réflexe révolutionnaire sans doute). Ces pauvres « notables » : c’était en fait un notaire (à la rigueur), mais aussi une « boulangère » et un chauffeur de taxis. L’horreur de l’affaire ne devait pas être suffisante, il fallait ajouter une couche sociale au dessus. Dommage pour ces « notables » et pour leur image, jugés par les médias et par la foule avant d'avoir pu s'expliquer devant le tribunal.
Mais après avoir trop fait pencher le balancier contre les accusés, voici que les journalistes jettent avec la même force le balancier de l’autre côté, contre le juge cette fois-ci, certainement pour faire oublier au public leurs propres erreurs, mais toujours sans non plus vraiment connaître les véritables responsabilités.
Les journalistes jouent toujours dans ces affaires le rôle du corbeau qui vient becquer les cadavres. Et ils ne sont jamais punis, eux, après leur forfait. Je me souviens par exemple de l’affaire « Dutroux ». Il avait un complice nommé Nihoul. Manque de bol, un chocolatier belge très célèbre (fournisseur royal) portait ce nom : il était écrit en grand sur la façade de leur boutique. Tout allait plutôt bien jusqu’à ce que des journalistes se mettent à filmer leur devanture, et à expliquer en voix off que le chocolatier Nihoul faisait partie de la même famille que le pédophile, et que, peut-être, il serait l’un de ces fameux « notables » (encore, décidemment !) qui auraient profité des jeunes filles enlevées par Dutroux.
Faux, tout était faux : aucun lien de parenté ! Pas plus de lien de parenté entre le complice de Dutroux et ce chocolatier qu’entre moi et Grégory. Il n’empêche : leur vie a été ruinée. Tout d’abord menacé de mort par tous les tarés du coin, le chocolatier Nihoul a été obligé de fermer boutique et à se cacher. Du jour au lendemain, à cause des journalistes, il s’est retrouvé ruiné et traqué. Aujourd’hui, les années ont passé. Aux dernières nouvelles, lui et sa femme font des chocolats discrètement, qu’ils vendent « en gros » dans des boîtes en carton anonymes. Jamais les journalistes n’ont été condamnés, jamais ils n’ont admis avoir commis une erreur, jamais ils n’ont essayé de la réparer, jamais ils ne se sont excusés. Merci messieurs les journalistes.
Et cela va plus loin. Au-delà de l’homme Burgaud, c’est sa fonction qui est maintenant sur la sellette. La stratégie des politiques est simple : puisque le peuple veut être rassuré, puisqu’il veut être sûr que ce qui est arrivé à ces pauvres gens ne peut pas leur arriver à eux, il faut montrer des signes forts, il faut des coupables, il faut des têtes. Aux premiers rangs, l’homme et sa fonction.
Seulement voilà, si on y réfléchit bien, il y a des trucs qui coincent… Tout d’abord, pourquoi « juger » le magistrat face aux caméras et au cours d’un diner-spectacle sans aucune légitimité ? Pourquoi ne pas plutôt le soumettre à une enquête disciplinaire impartiale, face à ses paires ? Avaient-ils peur de ce qui pourraient en sortir, car contrairement à la commission qui reste au niveau de la réprimande et de la fessée publique, une enquête disciplinaire permet de parler technique, et de toucher les points sensibles.
Ensuite, pourquoi parle-t-on de supprimer le rôle du juge d’instruction ? Les juges d’instruction ne traitent que 5% des dossiers de délinquance, 5% seulement. La suppression de cette fonction pourrait-elle arranger les choses ?
Oui, mais pas pour ceux qu’on croit. Sans les juges d’instruction (impartiaux et indépendants du pouvoir politique), ce serait alors les procureurs (qui eux, sont soumis à l'autorité du Garde des sceaux et donc du pouvoir politique) qui prendraient le relais. Pratique, surtout pour des affaires type HTML de Paris. Une occasion rêvée de faire une pierre deux coups : on fait plaisir au bon peuple en leur offrant une tête sur un pic comme au bon temps de la révolution, et on règle quelques problèmes pénalo-politiques en supprimant l’empêcheur de tourner en rond : le juge d’instruction. D’ailleurs, le fait que le procureur général soit venu faire une conférence de presse dans la salle de cour d'assises à PARIS avant même que l’acquittement ne soit connu (les jurés délibéraient toujours) ne montre-t-il pas que l’affaire est bien reprise en main par les autorités ?
Pourtant, par son travail d'investigation, le juge d’instruction retire souvent une belle épine du pied de certains présumés coupables, pourtant condamnés par les journalistes dès leur arrestation. On se souviendra de ce bagagiste marocain, à Orly. Dans le coffre de sa voiture avaient été trouvés des armes et des explosifs. Je me souviens du flash spécial de France Info qui parlait de l’arrestation d’un dangereux terroriste, pris la main dans le coffre de son auto. Heureusement, le juge d’instruction a bien fait son boulot, à charge mais aussi à décharge, et ce sont les membres de sa belle famille qui ont été arrêtés, pour avoir monté cette affaire de toutes pièces (une sombre histoire de vengeance familiale suite au décès plutôt suspect de l’épouse du bagagiste).
Que dire aussi de l’affaire Patrick Baudis, traîné dans la boue par les médias, accusé de tortures sexuelles par différentes personnes non recommandables, un tueur en série, un travelo et des prostituées notoires ? Que dire de l’attitude de Carl Zéro (pseudo journaliste à sensation et humoriste à ses heures sur Canal+) qui a permis au principal accusateur (le tueur en série) de s’exprimer à la télé pour réitérer ses accusations devant des millions de spectateur (d’aucuns disent même qu’il l’aurait payé pour le faire…). C’est encore le travail du juge d’instruction qui a permis d’éclaircir l’affaire et d’innocenter Patrick Baudis, contre vent et marée, contre les médias pour qui cette culpabilité faisait bien leur affaire sur le plan commercial.
Mais on parle peu de la fonction même de magistrat. On ne parle peu des responsabilités de ces hommes et femmes qui doivent prendre des décisions graves, tandis que le dossier traité n’est que le n° 45 sur les 100 dossiers qu’ils suivent en même temps, faute de moyens. On parle peu de leurs permanences, le soir, la nuit. Le saviez-vous : il y a autant de magistrats aujourd’hui qu’en 1870 alors que la population a presque doublé et que les problèmes sécuritaires ont explosé au cours de ces trente dernières années.
Alors que les médias dépeignent aujourd’hui volontiers un portrait sombre du juge d’instruction, cynique et inhumain (les « spectateurs » assis dans leur fauteuil ne feront pas la différence entre ce portrait de Burgaud et les autres magistrats), on connaît mal ce qu’ils peuvent ressentir lorsqu’ils entendent des horreurs du matin au soir. On imagine mal comment ils peuvent supporter de toucher du doigt, tous les jours, la détresse des victimes et la barbarie de leurs bourreaux. On devine mal comment ils parviennent à garder leur calme devant un père qui explique que, oui, il abuse tous les jours de sa fille, « mais après tout, c’est ma fille, j’en fais ce que je veux ».
Que dire des avocats ? Ils crient fort à l'injustice aujourd'hui, et les journalistes leur tendent volontiers les micros pour relayer leur indignation. Mais ils ne se battaient pas au portillon le jour où les présumés innocents/coupables d’Outreau ont été emmenés en prison sur le regard inquisiteur des caméras, et sous les menaces de la foule. Ils ne se battaient pas non plus au portillon des prisons pour rendre visite à leurs clients : certains « acquittés » n’en ont pas vu la trace d’un pendant plus de 18 mois.
Par contre, quand le vent a tourné, ils sont vite revenus sur le devant de la scène, comme des corbeaux flairant du cadavre. Il y a aujourd’hui de l’argent et de la notoriété à la clé (ils vont toucher une partie des indemnités que vont recevoir les « acquittés »). Mais ceux du début de l’affaire, auront-ils eux aussi à se justifier devant des millions de français, en direct, et à expliquer en rougissant et en balbutiant que l’affaire n’était pas assez juteuse pour qu’ils puissent s’en occuper sérieusement ?
Sont-ils seulement blancs comme neige, ces avocats des acquittés, comme l’un d’entre eux qui crient aujourd’hui très fort aux errements de la justice, mais qui, il y a peu de temps encore, pour sauver un de ses clients (un violeur), avait proposé de l’argent à la victime par clore le procés ? Cet avocat avait été acquitté pour cette subornation de témoins non pas parce que son innocence avait été prouvée, mais parce qu’il y avait un vice de procédure ! Belle idée de la justice.
Que dire aussi des experts, ces formidables experts qui ont jugé que tous les enfants disaient forcément la vérité. Les quatre expertises des enfants étaient des copiés-collés, aux fautes d'orthographe près. Or c'est systématiquement sur la base de ces expertises qu'on a maintenu ces hommes et ces femmes en détention. L'un d'eux s'était dédouané en disant que "lorsqu'on paie des experts à un tarif de femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage". Les acquittés apprécieront.
Que dire enfin de nous ? Beaucoup d’entre nous trouvent normal que le juge soit obligé de s’expliquer en public dans le cadre de cette commission extra ordinaire. Une commission qui ressemble fort, soit dit en passant, aux séances d’auto critique qu’organisait le pouvoir stalinien, du temps de l’Union Soviétique, pendant lesquelles les coupables devaient dire devant le public, devant les journalistes, combien ils se sentaient coupables.
Trouverions-nous normal que tout autre personne coupable d’une aussi magistrale erreur subisse le même sort, en dehors de toute procédure pénale et/ou disciplinaire impartiale ? On peut penser par exemple aux grèves chez Air France le jour où l’un des employés, oubliant toutes les règles de sécurité, avait provoqué la mort d’une hôtesse de l’air. Pour lui, la sanction n’était apparemment pas une option puisque tous les syndicats sont montés aux créneaux pour lui éviter une procédure judiciaire. On n'imagine même pas ce qu'ils auraient fait s'il avait dû s'auto-critiquer en direct à la télé.
Que dire de nous, encore, et moi en premier, qui crions à l'injustice et qui sommes prêts à brûler au bûcher les personnes relâchées sous contrôle judiciaire avant jugement, parce que présumées innocentes. Lorsque les premiers acquittés ont été relâchés après le premier jugement, il y eu un tollé en France : de nombreux français avaient hurlé au scandale à la suite de cette libération de monstres potentiels et avaient menacé de faire justice eux-mêmes.
Les mêmes qui ont crié « A mort » ce jour là ont certainement du poser leur journée de congé pour regarder, avec la même haine, Burgaud se débattre devant les caméras. On ne refera pas le monde.
mardi, février 07, 2006
La politique de la peur
Une nouvelle façon de faire de la politique semble émerger. Après les politiques de gauche, les politiques de droits, voici venir la politique la peur, qui s'appuie sur la déformation dramatique des faits. Il n’y a guère plus que le bon sens des citoyens pour faire la différence, mais chacun sait que le bon sens est la chose la moins bien partagée.
Rappelez-vous le fameux référendum de la constitution Européenne (voir mon blog : Voter intelligent). Les partisans du NON avaient avancé des arguments terrifiants pour convaincre les français de se rallier à eux. Les partisans du OUI avaient fait de même, mais non sans raison. Les arguments des partisans du NON allaient à l'encontre de la logique… Et pourtant, le NON l’a emporté. Aujourd’hui, les partisans du NON sont bien silencieux, car tous leurs arguments ne tiennent plus la route face à la réalité. Toutes les catastrophes annoncées par les partisans du NON si le OUI l’emportait… se produisent justement parce que le NON l’a emporté (lire mon blog : le fameux plan B). Diable ! Auraient-ils menti sciemment contre les intérêts de la France ? Y aurait-il eu trahison contre les Français ?
Rappelez-vous cette histoire navrante des Polonais qui, il y a encore quelques semaines, pouvaient décider à eux seuls si la TVA à 5,5% pouvait être reconduite pour les travaux dans toute l'union européenne. Avec la constitution, les polonais n’auraient jamais pu bloquer la décision à eux seuls, car cette constitution ne réclame pas la majorité absolue pour qu’une décision soit votée. Et bien, vous ne le croirez certainement pas, mais j’ai encore entendu des partisans du NON décidemment culottés qui pestaient contre l’Europe qu’ils ont contribué à verrouiller… Désinformation et mauvaise foi jusqu’à l’absurde !
Aujourd’hui, c’est au tour du contrat première embauche, le fameux CPE de faire les frais d’une vraie cabale complètement dénaturée. En première ligne, la gauche qui crie à l’infamie ! Horreur et damnation, pauvres français, la droite est devenue folle et veut que vous soyez tous virés du jour au lendemain.
Pour ou contre, c’est à chacun d’avoir son avis. Ce qui est plus gênant, ce sont les arguments que l’on entend ici et là par des partis politiques qui partent en bataille la fleur au fusil.
J’ai tout entendu sur le sujet à la télé. Comme pour la constitution Européenne, les politiques opposés à ce contrat font des raccourcis prodigieux. Ils crient, et surtout essaient de faire peur. On ne parle plus du contrat Première ébauche (pour les moins de 26 ans – car c’est bien le sujet) , mais du CDI en général. On ne critique pas le contrat en lui-même, mais on affole la population en affirmant que si le CPE passe, c’est le CDI qui n’existera plus. Prodigieux raccourci. En touchant la corde de l’émotion, de nombreux citoyens remisent leur cervelle au grenier et sortent les pics et les couteaux pour tailler un costard à l’infâme qui ose ainsi l'impensable. Politique et manipulation, quelle différence désormais ?
Je décerne la palme du faux-cul à mon grand ami Laurent Fabius (encore lui décidemment, je l’a-do-re) qui déclare sévèrement « Beaucoup de jeunes sont en désarroi total et on utilise cette détresse pour démolir leur droits. Ce n'est vraiment pas correct. ». Il est culotté celui là, lui qui a instauré en 1984 les fameux « TUC » (Travaux d’ Utilité Collective), ce contrat pitoyable destiné à ceux qui ne parvenait pas à trouver un travail. Payés des misères, des régiments complets de « jeunes TUCs » ont balayé vos trottoirs pour des clopinettes (immortalité par Danny Boon dans un de ses sketchs – il était TUC à Auchan Flers, dans l’Nord !). Bravo Laurent !
Pourtant, il faut bien faire quelque chose. Des jeunes qui ne trouvent pas de boulot, ils sont légions. Beaucoup sont ravis de ce contrat qui leur mettra le pied à l’étrier.
Parmi eux, il y a des jeunes sans diplômes qui débarquent dans la vie professionnelle à 18 ans. Contrat ou pas contrat, ils auront de toutes façons peu d’espoir. C'est de ça que tout le monde devrait parler. Pour les autres, les diplômés ont eux aussi des soucis. Je me souviens que, lorsque j’ai commencé à chercher du boulot en 1996, toutes les offres réclamaient « 3 ou 4 ans d’expérience ». Incompatible avec un étudiant sortant d’école. Mais s’ils sortent à 24 ans, ils auront seulement 2 ans à supporter avant de sortir du cadre de cette loi. Deux ans ? Tiens, mais c’est la durée du contrat !
Car faut-il rappeler les termes de ce contrat à ceux qui l’auraient oublié :
Destiné aux jeunes travaillant dans les entreprises de plus de 20 salariés, il s'agit d'un contrat à durée indéterminée (CDI). Il prévoit une «période de consolidation de l'emploi» de deux ans maximum, comme la période d'essai du CNE (contrat nouvelles embauches), avec un parcours professionnel «sécurisé». Les stages ou contrats à durée déterminée (CDD) effectués dans l'entreprise seront inclus dans la période d'essai. Un jeune licencié après quatre mois dans l'entreprise aura droit, en plus de l'indemnité de rupture, à une allocation forfaitaire de 460 euros par mois pendant deux mois. Le CPE ouvrira également droit à une formation dès le deuxième mois passé dans l'entreprise. Les 18-25 ans en CPE seront éligibles au «Locapass», formule d'aide de l'Etat à la location pour les jeunes salariés.
Tout ça c’est bien beau, mais il faut bien comprendre une chose. Nous sommes entrés dans l’ère du sensationnel, dans l’ère du tonitruant. Il faut que ça bouge, il faut que ça pète, il faut que ça explose.
Les français sont blasés. Ils ne s’intéressent pas à quelque chose de placide. Ils ne s’intéressent aux infos que s’il y a des images fortes, des bombes, du sang. Ils ne vont plus se bouger pour des « petits lotos » à 4 millions d’euros, alors que la dernière cagnotte affichait plus de 100 millions d’euros. Les français du 21 ieme siècle ont besoin de sensationnel : ils achètent les journaux à sensation, ils regardent des films dont aucune séquence ne dépasse 1 à 2 secondes. Il faut que ça pulse.
Dans cette nouvelle ère, la politique de grand papa, ça ne passe plus. Il ne suffit plus de donner des arguments justes et justifiés contre une décision prise par le parti opposé. Il faut au contraire faire du sensationnel, du dramatique pour captiver l'attention du bon peuple. Il faut toucher les tripes des gens, leur faire peur, les faire paniquer. Il faut crier, hurler, appeler à l’émeute, il faut dramatiser les faits, il faut faire des raccourcis vers des sujets qui touchent, même s'il déformer la réalité, et même si la déformation est énorme. Hitler disait : "plus le mensonge est gros, mieux il passe". Un expert en la matière.
Pour la constitution, les partisans du NON ont menacé : si vous votez OUI, les Polonais vont vous prendre votre boulot. Contre le CNE, la gauche menace : si vous vous laissez faire, demain, votre CDI n’existera plus.
Et ça marche… Parce que lorsque vous avez peur, vous ne réfléchissez plus. L’émotion domine la réflexion, toujours…
Pour finir (car il faut bien finir, même si ça m’amuse de vous écrire tout ça), je ne résiste pas à vous donner ce petit texte ci-dessous, extrait d’un article trouvé sur le net. Il résume tout à fait la situation à propos de la position de la gauche. Lisez le attentivement, puis jetez un œil à la source de ce texte. Amusant non ?
La lutte contre la précarité, nouveau cheval de bataille de la gauche ? Voilà qui constituerait un véritable reniement de toute les mesures qu’elle a mises en place quand elle était au pouvoir ! Car si dans les " 110 propositions " du candidat Mitterrand de 1980 figurait la promesse que " le contrat de travail à durée indéterminée redeviendra la base des relations de travail ", la gauche, une fois au gouvernement, a œuvré dans le même sens que la droite en matière de remise en cause du CDI, servant les mêmes buts pro-patronaux. Après l’ordonnance de janvier 1982 développant la flexibilité du travail, le développement des " contrats aidés " allait encore le confirmer.
Sous Mitterrand, on a vu apparaître en 1982 les stages de préparation à la vie professionnelle, en 1983 les Contrats emploi formation, en 1984 les contrats de qualification et d’adaptation et les TUC (Travaux d’Utilité Collective), en 1985 les SIVP (stages d’insertion à la vie professionnelle). En 1985, 390.000 jeunes se retrouvaient ainsi dans ces contrats bidon et sans avenir. La loi du 25 juillet 1985 élargissait les cas de recours, au contrat à durée déterminée et à l’intérim. Le code du travail a été réduit en peau de chagrin par les lois Auroux (1982), Delebarre (1985) enfin les lois de 1989 et 1990.
Texte trouvé sur le site… « cahier communiste révolutionnaire » ! Ca ne s’invente pas !
vendredi, février 03, 2006
Guerre de religion
Hier c’était le voile à l’école qui nous valait les pires menaces, aujourd’hui ce sont des dessins. Et demain ? Tout prétexte est bon pour déchaîner les passions entre les peuples, entre les croyants d’un côté, et les infidèles de l’autre.
Cette histoire ma passionne, surtout par le travail d’équilibriste des politiques et par la passion qui se dégage d’un sujet qui me paraît à moi athée, si vide d’importance. Quel métier ! Ils parlent tous de l’Islam avec des gants en titane, comme ci cette religion était devenue une grenade qui pouvait leur péter à la figure à chaque instant. Incroyable la crainte de tous face à cette religion.
J’ai lu les réactions des principaux hommes politiques ; j’en ai entendu aussi à la radio, à la télé. J’ai remarqué que beaucoup d’entre eux exprimaient leur mécontentement, parlant de l’islam comme d’une religion "d'amour et de paix" (c'est le terme très exact, répété à plusieurs reprises) qu’il ne fallait surtout pas égratigner.
Peut-on rire de tout ? Oui, disait notre ami humoriste Desproges, mais pas avec n'importe qui ! Ces dessins étaient ils une insulte à l'Islam ? Oui, certainement aux yeux des pays arabes, moins aux notres, nous qui avons développé une certaine habitude face à la caricature.
Pourtant, j’ai développé contre les religions de tout poil une certaine aversion. A force de lire dans notre histoire les massacres sanglants perpétrés au nom du Dieu Catholique, à force de voir aujourd'hui juifs et arabes ériger en bannière leur religion pour justifier une guerre de territoire, à force de voir catholiques et protestants irlandais se battre comme des chiffonniers à toutes occasions, à force de voir les "martyres" musulmans assassiner femmes et enfants dans l'espoir d'avoir 1000 vierges rien que pour eux au paradis, oui, oui, je doute du bienfait des religions. Tout comme je doute aussi lorsque je vois les catholiques intégristes, aux USA, tuer les médecins qui pratiquent les avortements, alors que l'un des principaux commandements est "tu ne tueras point", ou ces fameux prédicateurs toujours américains, riches et célèbres qui enseignent la parole de Jésus, les poches bourrées de billets alors que ce même Jésus prônait la pauvreté et l'humilité. Dieu est un alibie tellement pratique, une véritable aubaine. S'il n'existait pas, l'homme l'aurait certainement inventé.Seulement ma mère (comme elle le dit avec fierté) m’a marqué du fer rouge de la religion catholique. Et c’est vrai que lorsque j’entends à la radio un autre sketch sur les « cathos » (encore un!), quelque part, ça m’agace. Mais ça m’agace plus dans le sens que ces humoristes, qui se permettent beaucoup de choses sur les catholiques, n'en feraient pas autant pour la religion musulmane, tout simplement de peur d’en mourir.
Le problème, c’est qu’il n’existe pas un Islam comme il existe une religion catholique, avec son pape et le vatican. Il existe autant d’Islam qu’il y a de communautés islamiques, et toutes ne pratiquent pas leur religion dans la même paix du Christ, si je puis dire.
Alors peut-on vraiment dire que l'Islam (de façon générale) est une religion « d’amour et de paix » comme le répètent nos chers politiques pour nous éviter des bombes dans le métro ? Pour la plupart des musulmans des pays occidents, oui, certainement. Mais le dire pour l'Islam en général, ça me paraît assez faux-cul, pour ne pas dire plus.
Car l’Islam a encore beaucoup de travail pour parfaire cette image de religion « d’amour et de paix ». Quand je vois qu'on sort les grenades et les fusils contre des dessins, ça m’inquiète. Quand je vois des pays appliquer à la lettre la « charia », ça n’inspire pas non plus une image d’amour, ni une image de paix.
La charia. Pour ceux d'entre vous qui ne connaissent pas, la charia, c’est la loi islamique. Une loi qu’on ne peut pas discuter, puisqu’elle est divine. Notez que tout est largement interprété, comme la bible, et comme toutes les lois divines qui sont lues comme elles arrangent ceux qui la lisent. On ne refera pas le monde.
La « charia » est surtout connue pour deux points principaux : la possibilité de mutiler les voleurs (main coupée, ...), ou de condamner une femme à mort par lapidation si elle a commis l'adultère. Notez bien que l'homme, lui, ne risque rien s'il trompe sa femme, mais c'est un autre débat.
Du temps des talibans, La charia était rendue en public (comme c’était le cas en France, au moyen âge). Un film tourné clandestinement montre l’arrivée des condamnés au milieu d’un grand stade bondé. Les exécutions pouvaient commencer. Une femme a eu de la chance sur ce film : elle a été abattue d’une balle dans la tête par un homme courageux, certainement un bon fidèle. Un acte humanitaire sans aucun doute.
Je vous invite aussi à lire cette histoire terrible que vous trouverez en cliquant ici.
C’est l’histoire d’une femme maintenant célèbre, Safiya qui a eu le malheur d’habiter un charmant pays qui a institué la Charia pour le bien de son peuple : le Nigeria (si vous ne saviez pas où aller en vacances, …).
Safiya a été victime d’un viol, et elle en est tombée enceinte. Juste après le début de sa grossesse, les dirigeants du pays ont instauré la Charia, cette loi divine. Or, voici que nos bons religieux, soucieux de la sauvegarde de son âme, découvrent que Safiya est enceinte, mais qu’elle n’a pas de mari, le sien étant mort quelques années auparavant. La vilaine. Hop, la loi divine est appliquée : enceinte ou pas, elle est aussitôt condamnée à mort par lapidation. Après tout, ce n'est pas leur faute, c'est la volonté de Dieu.
Heureusement pour elle, l’opinion mondiale s’est émue de cette condamnation qui a bien failli être définitive. Après plusieurs péripéties, plusieurs procès ont eu lieu pour tenter de sauver cette pauvre femme d’une mort horrible.
Finalement, c’est la charia qui l’a sauvée ! Comment ? Très simple ; la charia admet qu’une femme peut tomber enceinte dans les sept ans qui suivent un rapport sexuel avec son mari. Comment ça, c’est impossible ? Mais non, c’est la charia qui le dit, et on ne contredit pas la charia. Donc, comme elle avait un mari avant son viol, l’enfant qu’elle porte était obligatoirement celui de son mari, mort plusieurs années avant la conception. Une belle loi d’Amour et de Paix, qui a sauvé une vie !
Mais je m’égare. Le sujet n’était de savoir si (toute) l’Islam était une religion "d’amour et de paix" : c’en est une, puisque tous les politiques nous le répètent sans cesse. Le sujet était de savoir si ces dessins devaient être ou non publiés.
Il faudrait plutôt poser la question autrement… Faut-il éviter tout ce qui gêne les religieux de tous bords ? Car si c’est le cas, c'en est fini de l'état laïc et de notre liberté. Progressivement, nous allons censurer nos pubs (adieu aubade), retirer le porc des magasins, des restaurants et des cantines (mon comité d’entreprise a retiré les petits "patés" des paniers cadeau de fin d’année pour cette raison), interdire la mixité à la piscine (oups, erreur, c'est déjà fait dans quelques villes à certaines heures), voiler nos femmes et les cantonner à la maison, etc…
Finalement, les politiques font beaucoup plus d'effort pour les religions qu'ils craignent pour la violence qu'elles peuvent déchaîner que pour celles qui ne font pas parler d’elles. Drôle de réaction face à une religion d'amour et de paix.
Je ne résiste pas, pour finir, à vous faire lire cette réaction d’un homme politique français à la suite de cette polémique. Cette réaction est pleine de bon sens et de tolérance. C'est un piège, car son auteur n’est ni le champion de la tolérance, ni un grand ami de la démocratie. C’est surtout un personnage qui doit certainement se frotter les mains et remercier tous les protagonistes d’attiser le feu islamiste. Il adore ça !
"Les croyants ont droit au respect de leurs croyances, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens"[...]"Si l'on condamne, à juste titre, de blessantes caricatures du Prophète des musulmans, à plus forte raison doit-on condamner les ignobles et permanentes caricatures du Dieu incarné des chrétiens"[...] Je regrette que le débat sur les caricatures de Mahomet mette avant tout aux prises "ceux qui ne croient en rien et prônent le droit absolu à la dérision de tous les fondements de la civilisation", et "ceux qui prônent le respect absolu des croyants, mais seulement quand il s'agit des musulmans"[...]" Les nécessaires limites de la liberté d'expression (...) ne peuvent être à sens unique". Jean Marie Lepen