dimanche, septembre 25, 2011

Adieu mes amis (facebook) !

Vendredi 14 septembre, vers 18h40, j'étais assis dans le bus qui me ramenait de mon lieu de travail à la plus proche gare RER, en région parisienne. Assise devant moi, une grosse dame dégustait bruyamment une pêche bien trop juteuse. Une fois le fruit dévoré, le noyau tout dégoulinant brûlait les doigts de sa propriétaire. Visiblement, elle cherchait à s'en débarrasser sous son siège, ni vu ni connu. Ayant compris son intention, j'avais fixé des yeux l'objet du délit avec insistance, pour tenter de l'en dissuader. Je ne me fais pas trop d'illusion sur le sort du pauvre noyau lorsque j'ai quitté ma place.



Quelques minutes plus tard, c'est à peu près dans ces termes que j'ai raconté cette anecdote dans un post sur mon mur Facebook. Aucun intérêt dans le récit, mais bon: pour une fois que j'avais quelque chose à raconter. Et dans mon post figurait le terme de « grosse dame », plus pour poser le décor, que par mauvais esprit. J'aurais dit « une veille dame » si cela avait été le cas, ou « une jeune », une blonde, une grande, une gamine,…

J'avais juste oublié que parmi ma trentaine d'amis facebook, une personne a un problème de surpoids. Il s'agit de l'amie d'une amie, rencontrée un jour à l'occasion d'un mariage. Ce fut la seule rencontre : on ne se connaît pas plus que ça. Parler d'une grosse dame, ça ne lui a pas plu du tout. Et rapidement, j'ai pu bénéficier d'une leçon de moral via facebook interposé.

Alors j'ai réfléchi. Et rapidement, j'en suis arrivé à la conclusion : pourquoi je m'embête avec ce truc ? Pourquoi je serais obligé de gérer des conflits (comme au boulot) que je n'aurais jamais eu sans facebook. Du jour au lendemain, j'ai arrêté de poster, et j'ai rédigé ce petit bilan en 11 points, que je me propose de partager avec vous.


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Le premier constat que cet incident sans importance m’amena à faire, c’est que ce n’est pas parce que Facebook utilise le mot « ami », que mes contacts le sont vraiment. Or la nuance est importante, car un ami, au sens vrai du terme, c’est quelqu’un qui vous connaît très bien. Jamais un ami, dans la vraie vie, n’aurait perçu dans mes propos une connotation négative, ou insultante, parce qu'ils connaissent ma personnalité.

CONSEIL N° 1 : n’oubliez pas que vos « amis Facebook » ne vous connaissent pas forcément très bien. Vos mots, vos blagues pourraient être mal interprétés. Il est dangereux d'adresser des messages identiques à tous vos contacts facebook sur un même ton, d’une même voix. C'est pourtant ce que l'on fait à chaque fois, sans utiliser les notions de filtrage disponibles.

Facebook se veut un champion du rapprochement entre les individus. Mais paradoxalement, l'outil peut être un vrai danger pour les vraies amitiés. En témoin ce couple de nos meilleurs amis que nous connaissons depuis plus de dix ans, en ligne sur Facebook. Dans la « vraie vie », nous sommes de grands amis, bien que nous n’ayons pas les mêmes orientations politiques. Lorsque nous passons des week-ends ensemble, jamais nous n’abordons ce sujet qui fâche. Mais sur Facebook, nos amis s’adressent à leurs amis de même confession politique, et moi je vais de même : ce faisant, nous nous envoyons en pleine face nos divergences, et nous ne pouvons pas nous empêcher de réagir, au risque d'une certaine brouille latente. L’arrivée de 2012 et des élections présidentielles est le bon moment pour quitter l’arène et retrouver une certaine quiétude.

CONSEIL N° 2 : ne laissez pas les amitiés virtuelles facebook détruire vos vraies relations. Soyez toujours attentifs à maintenir de bonnes relations avec vos vrais amis, au travers de vos propos, pour ne pas les blesser.

Les humoristiques surfent sur le phénomène des réseaux sociaux pour se moquer de la pertinence des propos tenus en ligne. Il y a de tout, de l'ami qui vous annonce qu'elle prend un café sur sa terrasse, à cette autre qui publie des phrases énigmatiques qui n'ont du sens que pour elle. La pertinence d'un propos est très suggestive: elle dépend beaucoup de la relation véritable que vous entretenez avec celui qui publie l'information. Vous aurez tendance à juger durement la publication d'une personne que vous ne connaissez pas beaucoup.

CONSEIL N°3 : souvenez-vous que lorsque vous publiez une information sur votre réseau, une partie de vos lecteurs apprécieront, une autre l'ignoreront, une autre encore la trouveront débile. On vous jugera : on peut vous trouver prétentieux (photo de vous dans votre piscine privée par exemple), ou carrément nunu (un poème, une chanson kitch). Sachez-le !

Savez-vous ce qu'est un virus social ? C'est la propagation d'un message au travers d'internet. Avant Facebook, cette propagation passait par le mail : c'était généralement un programme informatique qui auto propageait les mails infectés à votre insu, en arrosant tout votre carnet d'adresses. Mais ça pouvait être aussi des messages vous invitant à faire le travail de pollution vous même : ce sont les fameuses « chaîne » (genre « les personnes qui n'ont pas renvoyé ce mail à leurs amis ont vécu des drames – leur maison a brulé ou leurs enfants sont tombés malades »).

Ces messages exploitent aussi la gentillesse et l'empathie, par exemple en propageant de fausses informations sur des enfants malades ou disparus. Dans tous ces cas, l'objectif de l'auteur, c'est la satisfaction que son message fait le tour du monde, et se propage sur tout le réseau.

Avec les réseaux sociaux, la cible n'est plus votre messagerie, mais votre mur. Ces virus sociaux, vous les voyez tous les jours apparaître sur votre mur. Ces messages se terminent par « collez-ceci sur votre mur ». Ce sont les tests idiots d'amitié (si tu es mon ami, prouve le, et copie ça sur ton mur - je saisItalique d'avance qui le fera), ce sont des messages moralisateurs (si toi aussi tu trouves que les gens sont méchants avec toi, copie ça sur ton mur, ils se reconnaîtront), ce sont des messages agressifs (ceux qui nous critiquent, on les emmerde : si tu es d'accord, colle ça sur ton mur).

CONSEIL N°4 : pour passer pour un imbécile, ne pas hésiter à relayer ce type de message sur votre mur. Dans le cas contraire, abstenez-vous, et stopper cette pollution insupportable.

S'il y a un secteur que Facebook a vu exploser, ce sont les jeux intégrés dans le réseau social. Il y en a de toutes sortes, depuis Farmville à Pyramidville, et autre machinville. Pour progresser, il vous faut l'aide d'un maximum d'autres joueurs, qui deviendront vos amis facebook. Certains se retrouvent alors avec des centaines « d'amis » dans leur carnet, mais ils ne connaissent rien d'eux. La notion d'amitié touche ici le niveau zéro du ridicule.

Le problème, c'est que si vous avez un de ces joueurs dans votre liste d'amis, vous voici pollué par leur activité ludique. Car à chaque action, un message apparaîtra sur votre mur : « Truc a fait le score de 2000 points sur MachinVille », « Truc a acquis une armure médiévale sur TreasureIsland ». Résultat : vous masquez cet ami joueur compulsif pour ne plus être dérangé !

CONSEIL N°5 : ayez pitié de vos amis Facebook ! Si vous voulez jouer, utilisez un compte facebook dédié pour vos jeux, et n'utilisez votre compte nominatif réel que pour vos échanges avec vos vrais amis.

Un jour, je vis sur mon mur un message dramatique, posté par une cousine : sa fille d'une vingtaine d'années était à l’hôpital, dans un état grave. Quelques heures après, par le même canal, j'apprenais son décès. A cette annonce, le mur s'est rempli de messages de condoléances. C'était irréaliste : c'était le concours de la poésie morbide, et du plus bel hommage. A ce jour, je ne sais toujours pas dire ce qui m'a choqué le plus : le décès ou l'apprendre via Facebook et d'assister via le réseau social à son office funéraire numérique.

CONSEIL N°6 : sachez faire la part des choses, et laissez facebook à sa place de divertissement. Personnellement s'il arrivait malheur à mon fils, je me vois mal prendre du temps pour poster la nouvelle sur mon mur, entre les messages humoristiques et les annonces débiles.

J'utilise les transports en commun pour me rendre à mon travail. Environ 2h30 de train et de bus par jour, un délai qui peut passer à plus de 4h00 en période de grève. Dans ces moments là, s'ajoutent au temps de transport des conditions de transports inimaginables, dignes du transport de bétail. Alors dans ces moments, je m'épanche sur facebook, et je publie ma mauvaise humeur. Ca ne sert à rien, mais ça me soulage !

Et quand je fais cela, ça ne manque pas : vous avez bien dans vos contacts un ou deux syndicalistes, confortablement installés dans leur petite ville de province, à deux pas de leur travail, qui vous expliqueront que nos pauvres cheminots ont bien raison de m'empêcher de rentrer le soir coucher mon fils, et que je devrais plutôt les soutenir dans leur combat..

CONSEIL N°7 : s'épancher sur Facebook pour dénoncer quelque chose vous coûtera quelques retours désagréables sur votre mur, qu'il vous faudra gérer ensuite. Autant éviter, ça risque de vous énerver d'avantage.

Parfois, l'un de vos « amis facebook » poste une information capitale sur son mur. Genre « Pfouu, il m'arrive un truc de dingue ». Les commentaires affluent : « quoi, quoi, quoi ?? ». La réponse tue : « Naann, je peux rien dire sur Facebook ».

CONSEIL N°8 : si vous ne pouvez rien expliquer sur facebook, faites nous plaisir, ne postez rien.

Lorsque notre petit bonhomme de deux ans a fait ses premiers pas, je me suis précipité pour poster la nouvelle sur facebook. Ca n'a pas loupé, avec ce message d'un « ami facebook » : « ah bon, seulement maintenant ? Moi, ma fille a le même âge, et elle marche depuis longtemps déjà. Ton gamin, il n'est pas en avance dis donc ».

CONSEIL N°9 : vous aurez toujours un crétin dans vos contacts qui n'a aucun tact et qui vous donnera des envies de meurtre ! Sachez les identifier et osez les virer de votre liste !

Facebook pose de vrais cas de conscience, que nous n'aurions jamais dans la vraie vie ! Lorsque de vagues connaissances vous trouvent dans Facebook, elles ne peuvent s'empêcher de vous proposer de devenir leur « ami facebook ».

Premier cas de conscience : accepter ou ignorer ? Accepter, c'est prendre le risque d'ajouter un boulet dans la liste déjà incontrôlable de vos contacts. Mais refuser, ce serait prendre le risque de le vexer. Alors, vous cédez, et vous vous retrouvez avec un empêcheur de tourner en rond qui vous rend la vie facebook stressante au possible. Vient alors le second cas de conscience : je le retire de ma liste, ou pas ? Si je le retire, c'est un acte de guerre, mais si je le garde, je le tue. Hmmm... difficile de choisir.

CONSEIL N°10 : soyez ferme lorsqu'une invitation s'affiche. Osez cliquer sur « ignorer » ! Et à la création de votre compte, utiliser un nom de scène que personne ne connaît, pour éviter ce type de problème !

Et puis, il y a tous ces « amis facebook » qui vous font rire, qui vous régalent par leurs mots justes, ou qui vous enrichissent par la pertinence de leurs propos. Pour certains, il serait possible d'écrire un livre qui reprendrait la liste de leurs bons mots.

CONSEIL N°11 : fermez votre facebook, et invitez les à prendre un café à la maison. Car ce sont eux qui méritent que vous leur consacriez du temps.