De tous les mystères du monde, le mystère du tabac est certainement, pour moi, le plus inexplicable.
Voici un produit de très grande consommation qui tue à petit feu la moitié de ceux qui le consomme, et rend malade l'autre moitié. Tout autre produit aux conséquences aussi funestes aurait été retiré de la consommation depuis des lustres. Non seulement ce n'est pas le cas, mais ce sont les consommateurs qui en redemandent !
Voici aussi un produit qui est devenu, au fil des années, un véritable produit de luxe.
Un paquet vaut environ 5 euros. Un couple de "bons fumeurs" qui consomme un paquet par jour chacun dépense donc chaque mois 280 euros, soit près de deux mille francs, l'équivalent d'un petit loyer. A ce rythme, en comptant sur une stabilité du prix, en 40 ans de tabagisme, ce couple aura transformé en fumée près de 134 000 euros, près de 900 000 francs, le prix d'une maison.
C'est ainsi que l'on assiste à des scènes affligeantes dans les écoles lorsqu'un parent annonce à l'instituteur, la clope au bec (toujours, toujours une clope au bec) qu'il ne peut pas payer la cantine du p'tit, parce que c'est bien trop cher ! La cantine du p'tit, en fait, il la fume chaque jour.
Les illogismes dus au tabac sont légions. Par exemple, bizarrement (et ça me scandalise), lorsque l'on fait une demande de prêt à une banque, on vous pose beaucoup de questions : est-ce que vous souffrez de maladies chroniques, avez-vous des handicaps, avez-vous d'autres prêts en cours... Mais on ne cherche pas à savoir si vous fumez. Pourtant, on l'a bien vu, le fumeur régulier ampute une bonne partie de sa capacité de financement et, accessoirement, une bonne partie de son espérance de vie. Où est donc la logique ?
De la même façon, le non fumeur est encore souvent marginalisé. Rares sont les restaurants qui respectent vraiment la loi en proposant deux espaces séparés, l'un fumeur et l'autre non fumeur. Quand c'est le cas, les non fumeurs sont "planqués" dans les coins les plus pourris de l'établissement, si possible près des toilettes.
Dans les trains, la situation s'arrange : les TGV et maintenant de plus en plus de trains régionaux sont non fumeurs. Par contre, la situation se dégrade sur les quais. Faute de pouvoir fumer dans les trains, les fumeurs frustrés fument TOUS sur les quais. Difficile d'avoir de l'air quand on attend son train !
Ne parlons des cafés et autres "bistrots". Je n'y ai plus mis les pieds depuis près de 10 ans. A chaque fois que j'y allais avec des amis, mes fringues et mes cheveux sentaient le vieux cendrier ! Une vraie infection.
Impossible de rester logique lorsque l'on parle tabagisme car c'est une situation illogique par nature. J'ai entendu un jour deux personnes discuter sur le quai d'une gare, clope au bec. Elles parlaient pollution et s'inquiétaient de la qualité de l'air. Difficile de ne pas intervenir. A ce propos, que deviennent les millions de mégots (et surtout les filtres) jetés tous les jours sur la voie publique ? Personne n'est parle !
Quand on parle des risques de santé avec les fumeurs, la réponse est souvent la même, un brin fanfaronne : "oh ! Il faut bien mourir de quelque chose ! ". Un radiologue m'a expliqué un jour que les fumeurs à qui il annonce un cancer dû au tabac font moins les fiers. On ne parle plus de mourir gaiement, mais de survivre, coûte que coûte ! Et le fanfaron prend soudain des allures de victime. C'est d'ailleurs souvent la veille d'une chimio qu'on décide d'arrêter.
Ce qui me met surtout hors de moi, c'est la raison première qui pousse à fumer : pour faire comme les autres pour paraître cool, pour devenir "adulte". Tout ça pour ça. Tous ces risques pour ça. C'est bien triste.
Finalement, pour un ado, la plus grande preuve de maturité, ce ne serait pas plutôt de ne pas commencer ?