Lorsque j’étais plus jeune, j’étais particulièrement innocent. Je m’étais imaginé un monde presque parfait où le hasard n’avait pas sa place, où les adultes vivaient forcément en bonne intelligence. J’étais un peu comme Candide dans un monde utopique, pensant à tord que tout était au mieux dans le meilleur des mondes.
En particulier, j’avais une idée un peu idyllique des syndicats. Je les imaginais comme des pompiers qui venaient au secours du salarié en cas de problèmes professionnels. C’est quelque fois le cas, mais c’est aussi souvent l’inverse.
Je suis informaticien dans une grande société. Il y a chez nous plusieurs syndicats. Bien entendu, les membres actifs de ces syndicats exercent leur droit à l’activité syndicale. Pour cela, ils utilisent les moyens informatiques de l’entreprise : ordinateur, réseau, imprimante, Intranet. Pour nous, les informaticiens, ce sont des collègues, des copains quelque fois, bref, des utilisateurs comme les autres.
Mais certains syndicats mettent le combat contre le patronat au dessus de l’intérêt des travailleurs qu’ils prétendent défendre. Et pour taper sur le patron, certains syndicats n’hésitent pas à taper sur les salariés.
Il arrive parfois que des utilisateurs rencontrent des problèmes informatiques : des droits qui sautent, des machines qui se bloquent. Pour n’importe quel salarié, un simple coup de fil à la hot line permet de régler le problème.
Pour certains syndicats, ça devient obligatoirement une affaire d’état. C’est obligatoirement un complot, une odieuse obstruction à l’activité syndicale. Plutôt que d’appeler la hot line, comme tout le monde, ces gens envoient directement des mails de plainte à la direction générale. Ces derniers ne sont évidemment pas au courant, et redescendent alors le problème sur les pauvres informaticiens qui doivent ensuite gérer une situation de crise.
J’ai déjà été plusieurs la victime de ces pratiques qui me laissent sans voix. Si, par malheur, le problème rencontré par l’un de ces syndicalistes résulte d’une erreur humaine, le responsable en prend pour son grade, et c’est au syndicat qu’il le doit.
Je viens encore d’en vivre une nouvelle fois l’expérience il y a quelques jours. Un syndicaliste avait perdu les droits d’accès sur un outil permettant de publier des informations sur l’Intranet. Le problème rencontré est connu et facilement réparable. Lui redonner les droits que le système avait supprimé (pour de bonnes raisons car le compte n'était pas utilisé) ne m'a pris qu'une minute. Malgré cela, après correction, l'incident a été remonté par les syndicats directement à la Direction Générale.
J’ai voulu contacter ces gens, pour leur demander de m’expliquer comment ils peuvent avoir l’affront de dire qu’ils nous défendent alors qu'ils n’hésitent jamais à nous mettre en difficulté pour n'importe quel prétexte. On m’en a dissuadé. Comme on m’a dit : « Si tu vas leur parler, ils vont remonter à la Direction que tu fais de l’obstruction à l’activité syndicale et là, tu risques de vrais ennuis ».
J’irai donc les voir le jour où je voudrai me syndiquer, lorsque ma hiérarchie, inquiétée par les incidents toujours relevés par le syndicat délateur, voudra me licencier. Heureusement que les syndicats sont là !